La Brodeuse Voyageuse au Maroc – naissance d’une entreprise de broderie

02/05/2020

L’année dernière nous avons fait connaissance avec Camille Bertrand, ou Brodeuse Voyageuse. Cette jeune femme a en tête de travailler avec un groupe de brodeuses chinoises (Miao) et un autre groupe au Maroc, pour ensuite vendre les produits en France de manière exclusive, en visant la petite série, voir la Haute Couture. Avec elle nous avons découvert les brodeuses Miao (Découverte de la broderie Miao, Chine). Aujourd’hui, « bloquée » au Maroc par la pandémie, Camille nous raconte sa dernière année, riche en rencontres et en expériences.

Toutes les photos sont de Camille Bertrand et protégées par le Copyright. Merci.

Mains de brodeuses

 

Voiles traditionnels anciens

En 2018 elle découvre les broderies marocaines (et donne même un cours à l’École de Salé). Au Maroc, l’espace public est masculin et les femmes restent chez elles. Pour avoir un lieu de rencontre, elles créent des coopératives, lieu à l’abri des regards où elles peuvent bavarder tout en pratiquant l’artisanat.

Camille découvre plusieurs de ces coopératives où l’on pratique la broderie, et s’étonne de la diversité des techniques par rapport à la France, pourtant si proche. Celle qui est la plus proche de Marrakech se suffit à elle-même et Camille n’y trouve pas sa place. Après plusieurs essais, c’est dans le sud-est marocain, à coté de Zagora au bout de la vallée du Drâa, qu’elle rencontre une famille de 5 frères. Ils ont créé une coopérative (Amezron) dans laquelle une pièce est réservée aux femmes et c’est là que Camille découvre de vraies techniques traditionnelles dans un climat humain respectueux. Les hommes ne se mêlent pas de l’entreprise : « Ce sont les femmes qui fixent leurs prix ! ». Mais ils aident volontiers pour les traductions.

A la coopérative d’Amezrou

Ces femmes sont souvent jeunes et pratiquent un artisanat reçu des générations précédentes. Mais la colonisation en a fait perdre le sens : couleurs et motifs ne sont plus liés à un lieu, un état de vie, à part de rares exceptions, comme cette fibule portée unique jusqu’au mariage et double après.
Le groupe a envie d’apprendre de nouvelles choses, de nouvelles techniques et à les essayer sur les tissus apportés par Camille. Car le tourisme de masse a créé de gros dégât avec l’idée que l’artisanat marocain devait être bon marché. On utilise les tissus les moins chers (puisque ce sont les brodeuses qui doivent se les procurer), le plus souvent synthétiques. Camille tient à utiliser des matières naturelles. En les fournissant, elle augmente les revenus des brodeuses et se garantie une belle qualité au final. Les motifs sont simples mais originaux, vrais, historiques. Camille les adapte au goût du jour, dans le respect de leur origine.

Au départ, elle demande des échantillons (pour les présenter aux designers français, européens), puis elle trouve un confectionneur à Marrakech à qui elle fait faire des pochettes avec les tissus naturels venant de Chine (voir notre article cité ci-dessus) et brodés par les marocaines. Le cuir de qualité vient de France. En voyant le résultat, les brodeuses sont très touchées. Toutes les pochettes sont vendues autour de Noël. Leur travail a vraiment un sens, il est valorisé et les valorise. Camille est persuadé qu’avec le temps, ces brodeuses pourront devenir source de création à leur tour.

Les pochettes brodées à Amezrou
Essais sur coton et soie

La jeune fille avait prévu de passer quelques semaines au Maroc puis de revenir en France. Mais elle comprend qu’il lui faut vraiment s’installer dans ce pays. Elle se donne 4 mois. Elle vit dans le village de Demnate depuis septembre 2019 où des amis lui permettent de créer son atelier et d’avoir un jardin pour se perfectionner à la culture et l’utilisation des plantes tinctoriales.

Le carthame permet de faire du jaune dans un premier temps, et du rouge dans un deuxième temps. C’est le rouge qui était utilisé pour faire les vêtements militaire français au début du 20ème siècle.

 

Plantation de cosmos – le Cosmos permet de donner des nuances allant du jaune à l’orange selon la qualité de la plante, le temps de teinture et la fibre teinte.

Au hasard d’une rue, Camille découvre une plante de coton très résistante à la sécheresse. Elle récolte des graines et les plante dans son jardin. Peut-être qu’un jour il sera possible de produire assez de coton localement pour créer les fils à broder nécessaires.
Le confinement oblige à la sédentarisation. Quand j’appelle Camille fin avril, elle devait être dans un avion pour la France avant de rejoindre la Chine. Au Maroc, elle ne peut pas quitter son coin, et prend donc le temps de regarder pousser ses plantes, d’expérimenter la teinture naturelle (attention : la figue brûle la peau !!!) et d’imaginer un autre modèle économique, pour peut-être moins voyager mais mieux s’investir. « On transforme la donne – on part de ce que l’on a sous la main, et non l’inverse.»

Broderie pour pochette

 

Commande de broderie

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