JEMA – les Brodeuses 2019

04/05/2019

Les Journées Européennes des Métiers d’Art – ou JEMA pour les intimes – ont été lancées en 2002 pour faire connaître au grand public ces métiers d’un autre temps qui continuent pourtant à être exercés par des passionnés. Parmi les 281 métiers représentés, je vais me focaliser – est-ce surprenant ? – sur la broderie et celles qui l’exercent.
J’ai ainsi contacté une dizaine d’artistes, qui ont bien voulu partager leurs expériences et leurs photos.

 

 

Emmanuelle Dupont, par Jennifer Ryan
Estelle Delphin-Lobel / Nod’s
Cecilia Roger – Suisse

Passion
Les artistes brodeuses ont des origines bien différentes – informatique, Bac scientifique, École Boulle, communication – et pratiquent des techniques variées – Lunéville, broderie d’or, broderie jouant avec les volumes et l’espace, broderie-bijoux, haute-couture, etc. Certaines peuvent vivre de leur art, d’autres doivent aussi exercer un métier à mi-temps.
Mais toutes partagent la même passion pour l’art du fil : elles aiment en parler (« Voir les yeux des visiteurs pétiller en écoutant mes explications ! » Gaëla Rault), échanger et surtout souhaitent travailler avec d’autres artistes (« Nous avons ainsi croisé nos regards, nos démarches et créé un événement illustrant nos territoires physiques et nos territoires de création.» Estelle Delphin-Lobel). Certaines rencontres sont particulièrement touchantes, comme avec cette illustratrice botanique qui n’hésite pas à se lever plusieurs fois par nuit pour « dessiner l’évolution d’une petite pousse » (Inès Carratié).

Sylvie Cantareuil – visites officielles
Fabienne Debroas – Salon de coiffure

Retombées professionnelles
Les JEMA sont avant tout un lieu de rencontre, une ouverture, une découverte. Les ventes ont été peu nombreuses mais plusieurs brodeuses ont reçu des commandes. Certains visiteurs des JEMA les ont même suivis lors de Salons suivants, pour leur acheter des créations. Il semble que comme pour l’art de la broderie, la vente de broderies soit une affaire de patience !

Gaëla Rault – avec une céramiste et une artiste en bijoux
Estelle Delphin-Lobel – atelier mixte, broderie et céramique

Collaboration
La broderie est souvent un art solitaire et pour se faire connaître, pour rencontrer de nouveaux clients, il est important de s’associer. Toutes les brodeuses qui ont pu présenter leur travail soit avec une autre brodeuse, soit avec des artisans pratiquant d’autres métiers d’art, ont eu beaucoup plus de visiteurs. On sent dans leurs réponses une réelle joie d’avoir participé à ces journées, alors que celles qui étaient seules sont plus mitigées.
Ce qui ressort bien de mes entretiens, c’est la nécessité de collaborer avec d’autres métiers d’art de la région. Ces liens permettent aux artistes « d’ouvrir des chemins inattendus, de favoriser la créativité » (Estelle), de se soutenir (« C’est plus porteur pour chaque artisan », Sylvie Cantareuil), de créer des liens solides. Emmanuelle Dupont : « Je pense qu’il faut valoriser la pluridisciplinarité des métiers sur un même territoire ». Comme le souligne aussi Corinne Meunier: « Le moment qui m’a marqué le plus, c’est le projet de collaboration mis en place avec Lydwine Le Galludec, marqueteuse, spécialement pour cette édition des JEMA. Nous avons créé deux Pièces d’exception marquetées puis brodées pour être portées en Bijoux de cheveux« .

Ces artistes vivent souvent dans de petites villes, loin des sentiers battus. Si les pouvoirs publics ne mettent rien en place pour faciliter ces rencontres, les artistes ont peu de chance de recevoir de nombreux visiteurs. Pourtant, dès que ceux-ci franchissent les portes des ateliers, ils sont fascinés, prêts à passer du temps à essayer les techniques, à découvrir un métier.
A regarder le site officiel des JEMA (https://www.journeesdesmetiersdart.fr/), la couverture médiatique a été très importante, aussi bien au niveau national que régional.

Inès Carratié / Nini Peony
Estelle Delphin-Lobel – Tableau textile et Tableau céramique
Corinne Meunier – Bijoux

Les brodeuses ont besoin de commandes et donc d’être connues du public. Une organisation solide, basée sur une collaboration complémentaire (autres artistes, boutiques ou organisations locales, etc.), est souvent la source du succès. Ainsi pour Sylvie, qui a accueilli beaucoup de visiteurs : « Mon département organise ces rencontres que je trouve très intéressantes car les visiteurs peuvent découvrir en un seul lieu plusieurs métiers d’art ». Ou Inès, qui malgré sa grande fatigue après trois jours de visites non-stop, est : « fière d’avoir participé à un mouvement global en faveur de la reconnaissance des Artisans d’Art et de leur savoir-faire ».

Une collaboration entre brodeuses serait aussi sûrement intéressante pour montrer au public toutes les techniques qui existent : on pourrait imaginer que chacune fasse une petite vidéo montrant ses techniques et que ces vidéos tournent en boucle sur le stand de chacune (Estelle).

Les artistes qui ont organisé des ateliers permettant aux visiteurs d’essayer ces techniques ont vu combien les enfants aimaient découvrir ces métiers manuels, loin des habituels «pompiers-maîtresses d’école». Offrir aux enfants le choix d’exercer un métier d’art, leur montrer la diversité des talents humains, sortir du virtuel pour retrouver le goût de « faire », devrait être un des objectifs des futures JEMA. Les magazines pour la jeunesse ne s’y sont pas trompés : Okapi, Astrapi et Phospore ont tous fait un article sur les JEMA cette année.

Les JEMA fêtent leur 13ème édition, et pourtant pour plusieurs brodeuses, c’était leur première collaboration. Que le terme « international » ne trompe personne : pour l’instant l’événement reste très français. Aucune des brodeuses professionnelles que je connais en Angleterre n’ont entendu parler de ces manifestations. Une seule brodeuse non française a présenté son travail, Cecilia Roger (Suisse). Espérons que ce petit article puisse favoriser des rencontres, faire naître des idées, engager un dialogue entre artistes, entre associations, entre pays.

Merci à toutes ces artistes brodeuses passionnées et bourrées de talent pour leur partage !

Claire

Cet article se focalisait sur les JEMA et l’expérience des brodeuses. Mais n’hésitez pas une seconde à aller admirer leurs œuvres ! Des portraits plus intimes trouveront leur place sur le site au fil des mois…
 Sylvie Cantareuil : Argyle Phoenix – https://www.argyle-phoenix.fr/
 Inès Carratié : Nini Peony – http://ninipeony.com/
 Estelle Delphin-Lobel : Nod’s – https://www.nodsinfrance.com/
 Emmanuelle Dupont : http://www.emmanuelle-dupont.com/
 Corine Meunier : https://fr-fr.facebook.com/flamboyancecorinnemeunier/
 Gaëla Rault : Les Bijoux de Salomée – https://lesbijouxdesalomee.com/
 Cecilia Roger : http://www.ceciliaroger.com/

 

Emmanuelle Dupont – Geste (Justin Mackenzie Peers)
Gaëla Rault – Démonstration

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