La broderie Mountmellick reconnue Héritage culturel de l’Irlande

07/08/2019

Un artisanat de Laois (prononcez « liche », région à l’ouest de Dublin) vient d’être ajouté à l’Inventaire National de l’héritage culturel intangible d’Irlande.
Jesepha Madigan, la Ministre de la Culture, de l’Héritage et du Gaélique vient officiellement de lancer ce nouvel inventaire pour célébrer les arts et artisanats d’Irlande. Son but est de permettre de les protéger et de les promouvoir à l’avenir.

Napperon, 1880, Irlande. Copyright Victoria and Albert Museum,  London (n°T100-1963)

La broderie de Mountmellick fait partie de 30 « éléments vivants de la culture Irlandaise » de cette liste. C’est la seule « dentelle » originaire du pays. Charles Flanagan, Ministre des Affaires étrangères et du commerce en avait présenté une pièce au Prince Charles de Galles lors de sa visite en Irlande.

Une collaboration entre la dessinatrice de mode Caroline Mitchell et Dolores Dempsey de la ville de Mountmellick a donné lieu à la création d’une robe présentée au défilé de Dublin, plus tôt cette année.

“Il est magnifique de voir la grande variété de coutumes et de traditions venant de tous les coins du pays être ainsi reconnues aujourd’hui » souligne la ministre de la Culture lors du lancement de la Liste.
“Tous ces fils qui tissent la tapisserie culturelle de nos vies nous rendent plus riches à la fois comme personne et comme pays. Et rien de tout ceci ne pourrait avoir lieu sans le travail des volontaires s’investissent auprès de leurs communautés pour transmettre ces pratiques culturelles à travers les générations. Je suis fière d’honorer officiellement ces coutumes, pratiques et traditions à travers l’Inventaire National ». En 2008 l’UNESCO a créé cet inventaire (mis en place à partir de 2011) pour protéger « les pratiques et expressions qui aident à montrer la diversité de notre héritage et à le promouvoir ». L’Irlande est en train de proposer une liste de 30 pratiques culturelles, touchant la musique, l’agriculture, le sport, les arts, etc. et la Broderie Mountmellick.

Ann Dowling et Anne Sands, du Musée Mountmellik de Dublin, recevant la Ministre de la Culture, de l’Héritage et du Gaélique, Josepha Madigan

Petite histoire de la broderie Mountmellick
Mountmellick est une petite ville située à l’ouest de Dublin. Elle a connu une certaine prospérité grâce au travail du coton. Johanna Carter y vivait à la fin du 18ème siècle. Elle est la créatrice de cette technique, qu’elle enseigne aux femmes de sa ville. Il n’est pas impossible qu’elle soit d’origine Quaker, ce qui explique l’importance de la simplicité de cette technique.

La broderie Mountmellick reprend plusieurs points connus dans la broderie crewel, auxquels Johanna Carter ajoute quelques points de sa composition. La grande particularité est de travailler les points au coton blanc mat sur un coton moiré, blanc. Les motifs traditionnels sont issus de la nature visible autour de la ville. Plus tard s’ajouteront des plantes plus exotiques ou même des objets comme des paniers ou des vases. La Grande Famine qui a provoqué plus d’un million de morts (1845-1847) et le départ de nombreux Irlandais, a conduit Madame Millner à créer une association pour aider les femmes dans le besoin, à travers la création de pièces brodées. Le succès était au rendez-vous avec la publication de livrets d’explications pour que cette technique puisse être exécutée en Angleterre et même en Amérique.

Dessin de Pat Trott, brodé par Louisette Courties

Après la Première Guerre Mondiale, la technique perd de sa popularité et aurait disparu si une religieuse de l’ordre de la Présentation, Sœur Teresa, n’avait retrouvé des cahiers de dessins à la fin des années 60. Croyant d’abord qu’ils étaient prévus en couleurs (comme la broderie crewel), elle broda quelques pièces. Puis elle questionna les femmes de la ville qui retrouvèrent des linges brodés par leurs ancêtres. En les inspectant, Sœur Teresa pu établir les différentes spécificités de cette technique et l’enseigner à ses jeunes élèves. Cette technique est maintenant enseignée dans le monde entier.

Spécificités :
– Fils de coton mat, utilisés sur un fond de coton brillant
– Motifs naturels, larges – plus c’est grand, plus c’est beau
– Nombre de points limités
– Création d’effets d’épaisseurs variées (rembourrage, fil plus épais, points se superposant, utilisation de points particulièrement épais (point de nœud, point de poste, etc.)…)
– Bords souvent brodés au point de feston ou décoré d’une frange tricotée et cousue
– Broderie prévue pour le linge de maison devant être lavé à haute température – la broderie Mountmellick est d’abord une broderie pratique.

Dessin de Yvette STANTON & Prue SCOTT, brodé par Louisette Courties

Un article de Conor Ganly (www.leinsterexpress.ie), librement traduit par Claire de Pourtalès / Le Temps de Broder
Historique provenant du livre de Yvette Stanton et Prue Scott « Mountmellick embroidery ».

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