Broderie d’art au XVème siècle – Pays-Bas

08/12/2019

Au 15ème siècle, la broderie est encore considérée comme un art au même titre que la peinture ou la sculpture. Elle atteint des sommets de perfection, de symbolisme et de richesse, en particulier aux Pays-Bas et en Belgique.

Annonciation, détail de Marie, vers 1450 @MET/1990.330
Triptyque de l’Annonciation, atelier Robert Campin, 1427-1432 @MET/56.70a-c

Stimulés par la présence de la cour de Bourgogne, les Pays-Bas du sud (qui recouvrent aussi une partie de la Belgique actuelle) deviennent l’une des régions les plus riches et artistiquement sophistiquées d’Europe au 15ème siècle. Des artistes de talents aux origines diverses affluent vers Bruges, Bruxelles, Gand ou Louvain – les villes où les ducs gouvernaient ou possédaient une résidence. Les artistes espéraient obtenir ainsi des commandes et bénéficier d’une belle source de richesse et de mécénat. Cependant, même si la cour de Bourgogne était le patron artistique le plus important de cette époque, les citoyens privés n’étaient pas en reste. Ils souhaitaient exprimer leur dévotion ainsi que leurs ambitions personnelles. Une grande variété de techniques artistiques a vu le jour, de l’illumination de manuscrits à la tapisserie.

Triptyque de l’Annonciation, atelier Robert Campin, 1427-1432 @MET/56.70a-c

Au 15ème siècle, sous l’influence d’un mouvement religieux favorisant la piété personnelle, l’art développe des scènes et des motifs plus intimes. Le célèbre triptyque de Robert Campin, L’Annonciation, en est un parfait exemple. La scène ne se déroule plus dans une église mais dans un intérieur contemporain. Les donateurs sont à gauche, regardant la scène par une porte. Les yeux baissés de la femme ainsi que son rosaire suggèrent que la scène se passe peut-être sous forme de vision intérieure.

Une autre Annonciation  , réalisée en broderie vient illustrer notre propos. Ici aussi Marie est représentée dans un intérieur privé, à genoux devant un livre de prières. L’archange Gabriel est en train de la saluer « Réjouis-toi Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec toi.» (Ave Maria gratia plena, dominus tecum, Luc 1,28), paroles brodées sur un phylactère au-dessus de Marie. Cette extraordinaire broderie a été si bien préservée qu’elle nous apparait encore dans toute sa splendeur. L’or s’oxyde avec le temps et même si nous avons encore de superbes exemples des broderies médiévales, elles sont très rarement aussi bien conservées, aussi vives et brillantes. Elle ne fait que 21 cm sur 9,5 cm, mais les détails sont d’une finesse extraordinaire.

Annonciation, vers 1450 @MET/1990.330
Annonciation, Gabriel, vers 1450 @MET/1990.330

On retrouve ici les liens très forts qui existaient entre la peinture et la broderie du moyen-âge – composition, symbolisme, choix des couleurs sont très proches. La technique utilisée ici est l’or nué – les fils d’or sont couchés par des fils de soie aux nuances variées. Ceux-ci sont brodés de manières à former un dessin coloré à travers lesquels apparait l’or à intervalle varié. Cette technique permet aussi de créer un effet de profondeur que la peinture de l’époque ne sait pas encore réaliser visuellement.

De petites sculptures, voir même des objets de piété largement décorés sont réalisés pour encourager la foi et guider les pensées et les prières des croyants. Un délicat Berceau de l’Enfant Jésus, sculpté, peint, brodé, est composé de bois, de cuir, de tissus de soie brodés aux fils d’or et orné de perles, de clochettes en plomb et en argent et même de parchemins peints.

Berceau de l’Enfant Jésus / Fabriqué à Brabant au 15ème siècle @MET/1974.121a-d
Berceau de l’Enfant Jésus / Fabriqué à Brabant au 15ème siècle / détail du dessus-de-lit brodé @MET/1974.121a-d

Ce type de berceaux étaient offerts aux jeunes filles lorsqu’elles prononçaient leurs vœux monastiques. Le dessus-de-lit est finement brodé aux fils de soie (passé plat principalement) et de fils d’or couchés par des fils de soie. De nombreuses perles fines ornent les couronnes des ancêtres du Christ, brodés tout autour de la Vierge à l’Enfant.

Peu à peu les intérieurs des riches bourgeois se transforment, décorés par des objets d’art aux matériaux de luxe combinés à une grande maitrise des techniques artistiques. Les grandes tapisseries en particulier doivent montrer aux visiteurs à la fois les valeurs spirituelles des propriétaires (comme cette Annonciation de 1410-1420), et leurs richesses séculières. Un rappel qu’au milieu de leurs recherches d’une vie spirituelle et contemplative, les citoyens de la Renaissance du Nord souhaitaient aussi les amusements, les plaisirs et les divertissements.

 

Extraits de l’article de Jacob Wisse (Stern College for Women, Yeshiva University, octobre 2002), librement traduit et augmenté par Claire de Pourtalès

Tapisserie de l’Annonciation, Pays-Bas, 1410-1420 © MET/ 45.76

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