Les broderies Afghanes

18/07/2019

(J’ai découvert ce magnifique site, que je ne peux que conseiller à ceux qui lisent l’anglais. Je ferai régulièrement des traductions de leurs articles sur mon site – Thank you so much Gillian for your permission !)

L’article fait partie d’une “exposition en ligne » couvrant tous les costumes traditionnels Afghans. Je reprends ici l’article concernant la broderie.
Pour compléter l’article, je me suis aidée du livre de Sheila Paine, Embroidered Textiles, éditions Thames et Hudson.


TRC 2008.0233b Robe Pachtoun – Début XXIème siècle

L’Afghanistan est constitué d’un grand nombre de groupes aux origines différentes (Pachtouns, Baloutches, Nouristanis, Hazaras, Tadjiks, Turkmènes, Ouzbeks, entre autres) et il n’est donc pas étonnant que les matières, dessins et couleurs utilisés dans leurs broderies reflètent cette variété. Ces différents groupes se retrouvent dans les pays voisins (Pakistan, Ouzbékistan, etc.) et leurs techniques sont très similaires. Les Hazaras est le seul groupe à se trouver uniquement en Afghanistan, dans les régions du centre. Issu des Mongols, ils sont shiites (alors que la majorité du pays est sunnite). Ils brodent des petits tissus de prière – mohr posh – au passé empiétant.

Ce sont généralement les femmes et les filles qui brodent, chez elles. Depuis la fin du XXème siècle un nombre grandissant d’hommes sont devenus brodeurs, mais ils travaillent généralement sur des machines dans des ateliers de tailleurs.

En Afghanistan, une grande variété d’objets sont brodés : nappe, tapis, serviettes, rideaux, couverture pour chevaux, couverture de selle de vélo, sac, pochette pour le khôl ou le tabac, et plus récemment, poche de téléphone et de fusils. Et les vêtements bien sûr. Généralement ceux des femmes sont brodés avec plus d’application et de couleurs que ceux des hommes.


TRC 2008.0229 Robe (femme) Baloutche, début XXIème siècle

L’une des broderies les plus connues pour les hommes vient de Kandahar. Localement appelée Khamak, elle est réalisée au passé plat sur un tissu blanc, coton fin ou soie. Le motif doit être le même à l’envers et à l’endroit du tissu. On retrouve cette technique avec ces motifs à Herat (à l’ouest du pays), et chez les Nouristanis (à l’est de Kaboul). Elle est très proche des Chikan, connu dans le nord de l’Inde (notamment dans la ville de Lucknow).

Plastron d’homme,Kandahar 1950-1970 TRC 2016.1792

Plastron d’homme,Kandahar 1950-1970 TRC 2016.1791

L’objet le plus rependu recouvert de broderies est peut-être le bonnet porté par les hommes, les femmes et les enfants. Chaque groupe a son propre style de bonnet et de décorations. Des variations dans les motifs et les couleurs apportent encore plus de précisions sur l’origine de celui qui le porte (son village, son état marital, etc.).
Les brodeuses utilisent tout type de soie, coton et laine pour broder sur les tissus disponibles. Des fils métalliques, des paillettes et sequins, des miroirs et des tresses métalliques sont incorporés aux motifs. Les robes des femmes Pachtouns sont également décorées de perles et de miroirs assez grands, alors que les robes des femmes nomades sont brodées de perles, de monnaie et de coquillages. Les minuscules miroirs connus sous le nom de shisha peuvent se voir sur les vêtements Pachtouns comme les vêtements Baloutches – influencé probablement par la broderie du nord de l’Inde.


Bonnet Turkmène, début XXIème siècle, TRC 2008-0230

Bonnet Ouzbek TRC 1997-0153

Bonnet Baloutche, début XXIème siècle  TRC 2016-1797

Bonnet Pachtoune, fin XXème siècle, TRC 1997.0159

Le harem de sa majesté Ameer d’Afghanistan, 26 novembre 1904
« Les femmes ne sont jamais langoureusement allongées comme on l’imagine. Bien au contraire, elles sont toujours en train de travailler aux arts de l’aiguille : tricot, broderie de soie et de laine, fines coutures. La Reine du Harem, qui est aussi la femme favorite du Ameer, est souvent en train de coudre les vêtements de ses enfants sur sa machine à coudre pendant qu’une des autres femmes lui lit un livre à voix haute ».
“The Ameer of Afghanistan at home: Life in His Majesty’s harem” The Graphic, 26th November 1904, p. 697.

Un nombre relativement limité de points sont utilisés dans ces broderies. Là encore chaque groupe ethnique utilise les points qui lui sont spécifiques. Points de feston, de chainette, point de croix, de chausson, de Holbein, point d’échelle et d’échelle oblique, passé empiétant et passé plat, couchure Roumaine. Certains de ces points sont utilisés pour couvrir rapidement une grande surface de larges fleurs aux couleurs vives, alors que d’autres sont utilisés pour créer des motifs géométriques complexes.

Les motifs des broderies afghanes sont très variés : le soleil et les étoiles, des formes géométriques (cercles, carrés, triangles, rosettes, frises grecques) ; des formes végétales comme des feuilles, des tiges de melon, de grenades, ou des fleurs comme les tulipes et les fleurs de piments qui représentent la fertilité. Des animaux stylisés sont aussi brodés, comme les bois des cerfs et les queues des lions. Parfois des objets-amulette sont inclues, comme les théières, symboles de l’hospitalité. Il arrive enfin de voir des motifs figuratifs comme des animaux, des oiseaux et même parfois des Hommes.
Les Ouzbeks brodent leurs yourtes de motifs shamaniques puissants, au point de croix ou de feston. Les Pashaïs et les Nouristanis du Nord-Est portent des vêtements de coton blanc. Ceux des hommes sont brodés de dessins linéaires noirs avec une touche de soie rose vif sur le col (soie de la vallée de Swat). Le costume des femmes est plus simple, couvert de motifs linéaires noirs. Seules les boutonnières, rouges, sont brodées de couleurs : motifs géométriques verts et jaunes.

La Broderie Afghane – ou comment exprimer sa différence dans un pays multi-culturel et d’une grande richesse.


Panneau brodé pour robe de femme, 1950-1970 (Hazara), TRC 2016-1775

Panneau brodé pour robe de femme (Hazaras), début XXIème siècle, TRC 2008-0236

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