Les chaussures brodées des femmes aux pieds bandés

08/09/2019

En 2018 Gillian Vogelsang-Eastwood a rédigé et illustré une exposition sur le site du TRC sur les chaussures pour pieds bandés de Chine.
L’article ci-dessous reprend les principaux points liés à la broderie. Pour lire l’article intégral, cliquez ici.

Toutes les photos proviennent de la collection du Textile Research Centre à Leiden. Les chaussures présentées ici datent toutes du début du 20ème siècle.

La tradition des pieds bandés en Chine remonte au 10ème siècle et ne s’est éteinte qu’au milieu du 20ème siècle. Réservée d’abord à l’élite, cette pratique s’est peu à peu répandue dans toutes les classes sociales. On pensait qu’avoir les pieds bandés, en forme de lotus, assurait aux filles un bon mariage. Si l’idée était de réaliser les pieds les plus petits possible (les Lotus d’or ne devaient pas dépasser les 7 cm de long ; les lotus d’argent pas plus de 9 cm), il n’y avait pas un seul type de forme de pied. Les souliers cousus pour eux se sont adaptés à leurs formes, à la mode, à la région et aux habitudes des femmes qui les portaient. Seule la pointe du pied était placée dans la chaussure, le talon était supporté par des bandages, voir même des tiges de bambou. Le talon était toujours caché par des bandes de soie ou de coton, des collants et des pantalons.

© TRC 2010.0351 a-b

 

La future mariée devait souvent envoyer à sa future belle-famille un exemplaire des chaussures qu’elle brodait pour elle-même. De très petits souliers, décorés avec goût et habileté démontraient sa patience, son courage dans les situations extrêmes, sa créativité aussi et ses talents de femme au foyer.

Souliers de mariage, Chine du Sud © TRC 2013.0057 a-b

 

Les souliers se devaient de mettre en avant ces pieds minuscules en étant cousus et brodés avec un grand soin. D’autres éléments, comme les collants, les chaussettes, etc., devaient eux aussi être délicatement brodés. Les femmes pouvaient soit broder et coudre leurs chaussures soit les acheter. La dernière fabrique a fermé en 1998.

Chaussettes brodés © TRC 2012.0364 a-b
Souliers du Jiangsu et du Zheijiang © TRC 2013.0050 a-b

 

La réalisation de ces chaussures était assez complexe. Les semelles étaient créées à partir de plusieurs couches de coton recouvertes d’une pâte de farine de riz ou de blé, puis collées les unes aux autres. Un gabarit de papier était ensuite posé sur ces couches qui devaient être parfaitement découpées. Le tout était ensuite cousu sur les bords.

Les semelles étaient recouvertes de très petits points pour les décorer. Comme les femmes aux pieds bandés recevaient souvent en étant inclinées sur des kang (sorte de lit court), les semelles de leurs chaussures devenaient visibles et devaient être agréables à regarder.

Livre de modèles © TRC 2014.0030

 

Pour créer le haut de la chaussure, on avait besoin de bandes de coton ou de laine de 2,5 cm de large. Ces bandes étaient collées ensemble pour créer la structure interne de la chaussure. La partie visible, et brodée, était le plus souvent réalisée en soie. Les broderies étaient faites avant l’assemblage de la chaussure. Des livres de modèles étaient disponibles mais les femmes copiaient aussi d’anciennes chaussures ou même inventaient des dessins qui correspondaient aux habitudes locales ou à un évènement particulier.

Souliers du Nord-Est © TRC 2013.0049 a-b

 

 

En Chine, il y a 5 couleurs symboliques majeures : le rouge (rose), le jaune, le bleu (vert), le noir et le blanc. Le rouge est associé aux fêtes (mariage ou Nouvel An), certaines nuances de jaune étaient réservées à l’Empereur et à sa famille et le blanc marquait les deuils.
A partir de là, les femmes avaient un large choix de motifs pour décorer leurs souliers : symboles, objets, plantes, animaux. Plusieurs d’entre eux représentaient la chance, la santé, la longévité, etc.

Souliers de deuil, blancs, sans décors © TRC 2013.0058 a-b
Souliers de nuit (semelles souples) © TRC 2011.0048 a-b

 

Ces motifs pouvaient aussi décorer des chaussures prévues pour tel ou tel évènements (saison, festival). Les chaussures du printemps portaient des fleurs de prunier, celles de l’été des pivoines ; les lotus servaient pour l’automne et les chrysanthèmes, pour l’hiver. Mais on trouve aussi des pêches, des tiges de bambou, des pins. Les oiseaux préférés étaient la grue et le phœnix. On brodait des chats, des chauves-souris, des papillons, des tortues et des singes. Un type de symbole tout à fait chinois se nomme les Cinq Poisons : crapauds, serpents, lézards, mille-pattes et scorpions. Leurs images servaient d’amulettes contre le Mauvais.

Souliers pour marcher dans la rue (portés par dessus les souliers d’intérieur) © TRC 2014.0133 a-b
Bords brodés avant couture © TRC 2012.0365 a-d

 

Au 19ème siècle, les souliers se sont un peu adaptés à la mode européenne (couleurs, matériaux). En 1949, le gouvernement communiste interdit cette pratique et les femmes doivent souvent cacher leurs pieds dans des souliers discrets. Aujourd’hui, seules quelques femmes très âgées ont encore les pieds bandés et leurs chaussures se retrouvent ainsi dans les musées.

Souliers type Mao, 1950 © TRC 2013.0055 a-b

 

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