De la légende antique à la réalité économique du XXIème siècle

27/03/2019

De la légende antique à la réalité économique du XXIème siècle
par Shen Wendi, 22 mars 2019
Source: China Daily

Femmes du village de Baoji, comté de Xihé, province de Gansu. Photo : China Daily

«Je t’en prie, Lady Qiao, vient aujourd’hui sur Terre. Enseigne-moi la broderie et la couture… et donne-moi la sagesse, la joie et l’ingéniosité».
Dans la ville de Longnan, du comté de Xihe, dans la province de Gansu, ces paroles sont très connues des femmes. Ce comté est l’un des 189 plus pauvre de Chine, dans lequel 223 villages sur 384 vivent en-dessous du seuil de la pauvreté.
C’est pourtant là que vivaient des femmes qui, pendant des siècles étaient des brodeuses recherchées. D’après la légende, c’est Lady Qiao elle-même, la fameuse « vierge tisserande », fille de la légendaire Reine Mère de Chine qui a enseigné son art aux premières femmes de cette région. Qiao signifie ingéniosité. La princesse était non seulement très belle, mais aussi honorable et une brodeuse hors pair.


Éventail brodé à la main, comté de Xihe

Ici les femmes lui vouent toujours un culte. Pendant la semaine précédant le 7ème jour du 7ème mois, selon le calendrier lunaire chinois, elles célèbrent par des chants, des danses et des prières le traditionnel qiqiao («Demande d’ingéniosité»), tradition qui existe depuis la dynastie Qin (221-206 avant JC).

Aujourd’hui les femmes espèrent obtenir sagesse et ingéniosité pour créer leurs propres marques de broderie et ainsi sortir de la pauvreté.

Zhang Qin, 43 ans, est une brodeuse respectée du village de Daliu. Elle a fondé une association de brodeuses, L’Atelier Qiqiao. « Par ici, les femmes étaient de bonnes brodeuses. J’ai moi-même appris en les regardant travailler.»

Zhang a gagné une solide réputation au fil des années pour son travail délicat et les femmes du comté viennent souvent lui demander conseil. En 2008, son travail a même été sélectionné pour participer à des expositions, la première se tenant pendant le festival Xihe Qiqiao, très prisé des touristes.

Quand elle a commencé à recevoir des commandes, Zhang a engagé des femmes locales pour l’aider. « Quand ma vie s’améliore, je veux que ce soit le cas pour les autres femmes, à travers la broderie », dit-elle.

En 2015, avec l’aide de sa famille, elle construit une maison qui sert d’atelier – l’Atelier Qiqiao. Au début elle a accueilli une douzaine de membres. Depuis, le nombre a tellement augmenté qu’elle a créé une vraie organisation sous le nom d’Association de l’Atelier Qiqiao.

En 2018, 179 femmes en faisaient partie, dont 30 provenant des foyers les plus pauvres de la région.

«En plus de leur assurer un revenu, l’atelier offre à ces femmes la confiance de prendre les décisions familiales», souligne Zhang. «Avant, elles avaient l’habitude de demander la permission pour tout à leur mari, même pour acheter un simple pull. Maintenant elles se sentent libres de faire leurs propres choix.»

Aujourd’hui la plus grande difficulté reste de trouver un débouché régulier : «C’est une bonne chose que la production de broderie se soit organisée, mais nous devons lui assurer un bon marché et nous avons besoin de l’aide du gouvernement pour ça», assure Luo Shumei, la présidente de la Fédération des femmes du village de Changdao, comté de Xihe.

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