Fin 18ème siècle- le gilet d’homme se porte brodé

17/02/2020

Déclic Anglais
Après la Grande Peste de Londres (1665) et le Grand Feu (1666), le roi d’Angleterre, Charles II décide que la mode doit être plus adaptée à ces temps difficiles. Il souhaite aussi se distancier des extravagances vestimentaires de la cour de France.

Il s’inspire alors des récits des voyageurs revenant de Perse et qui mentionnent que les hommes portent volontiers une veste s’arrêtant à mi-cuisse et plutôt cintrée. Cette coupe devait éviter les ajouts de dentelles et autres décors en couvrant largement le corps d’un drap simple.

Dans un premier temps, les tissus et les motifs restent sobres mais rapidement le goût de l’ostentation, du décor coloré reprend le dessus.

Gilet 18ème siècle, Angleterre © MET_1975.34.1
Gilet, 1750-70, Angleterre © Met 2009.300.2839

La mode faisant rapidement fi de la politique, les Français vont se mettre à cette veste courte, et créent le « costume trois pièces ». En Angleterre, on aime la vie au plein air et on adapte les vêtements aux besoins de l’équitation et d’un plus grand confort : redingote, gilet court, bottes en cuir.

Gilet 18ème siècle, France © MET_55.217.1

Les vestes puis gilets du 18ème siècle servent tout d’abord de protection puis d’ornementation à une époque où le manteau doit rester ouvert sur le devant. Les couleurs sont choisis pour s’harmoniser avec le reste de l’habit. Les broderies sont inspirées du goût pour la botanique et l’exotisme.

Gilet 18ème siècle, Europe © MET_17.82.1_18s
Gilet 18ème siècle-Angleterre © Victoria and Albert Museum_T-2009.300.2855

Ce gilet à manches longues conservé au Victoria and Albert Museum est brodé de laine au point de feston et de chaînette. Il a probablement été réalisé en Inde pour le marché européen, comme le suggère la taille des fleurs et leur dessin.
Un tambour et un crochet (connu aujourd’hui sous la technique Lunéville) ont été employés pour broder le point de chaînette. Cette méthode est beaucoup plus rapide que l’aiguille. Développée en Inde, cette technique arrive en Angleterre au milieu du 18ème siècle où elle sera encore perfectionnée. Au lieu de tenir le tissu dans leurs mains, les brodeurs anglais le fixe sur un métier rond qui prend le nom de Tambour.

Ce gilet est assez exceptionnel en ce que nous savons qui l’a dessiné et qui l’a brodé. II est conservé au Victoria and Albert Museum.
L’artiste Anna Maria Garthwaite (née en 1688) a exécuté le dessin (crayon, encre et aquarelle). Une note précise que ce dessin était pour M. Lekeux, 23 octobre 1747, un tisserand de soie d’origine Huguenote installé à Londres. Il est aussi précisé le type de fil d’argent à utiliser : lamé (un fil plat), filé (un fil d’argent entourant un cœur de soie ou de lin) et frisé (un fil d’argent avec un cœur de soie moulinée offrant un effet chatoyant). Le reste est brodé de fils de soie multicolores. La mode est alors à la botanique et les fleurs sont des motifs privilégiés. Un point issu de la tapisserie et dit Rentrés, permet de créer un effet de profondeur élégant.

Dessin d’Anna Garthwaite pour le gilet de droite © Victoria and Albert Museum_5985.13
Gilet 18ème siècle, Angleterre @ MET_C.I.66.14.2

Les journaux de l’époque font état de ces changements et les favorisent par de nombreuses gravures. De nouveaux matériaux font leur apparition, tel que le coton, les mousselines, le jersey de soie ou de laine, ce qui permet de réaliser de nouveaux décors et de nouvelles coupes. Il s’agit d’être « à la mode » !
Les gilets sont décorés de motifs brodés sur les poches, les boutonnières et même les boutons étaient ornés. La plupart du temps seul le devant du gilet était confectionné dans une étoffe luxueuse, tandis que le dos du tissu était de moindre qualité.

Gilet 18ème siècle, France © MET-2009.300.2855

Ce gilet (Musée Galliera, Paris – 1790-1795, voir photo sous ce lien) évoque le transfert des cendres de Rousseau au Panthéon, dans un monument faisant face à celui de Voltaire. Il arrivait souvent que de tels évènements politiques ou sociaux servent à illustrer les vêtements et les brodeurs collectionnaient de nombreuses gravures pour s’inspirer au plus vite de ces faits pour leurs commandes.
Le gilet est en taffetas de soie, avec des broderies au passé plat au fil de soie et d’argent. Les boutons sont aussi brodés de soie.

Un très beau gilet français (1780-1800), inspiré de la Fable Le Loup et la Cigogne, de Jean de La Fontaine © MET-2009.300.2886

Les motifs floraux complexes de ce gilet est typique du raffinement de la fin du 18ème siècle, en particulier dans le rendu extravagant des feuilles et pétales des iris qui sont particulièrement grands pour l’époque.

Gilet 18ème siècle, France © MET_2009.300.2908
Ci-joint un patron déjà brodé pour un gilet d’homme
© MET_23.202

Sources
Palais Galliera -Paris : COSTUMES DU XVIIIE SIÈCLE
Ce département est l’une des principales collections, au monde, de costumes du Siècle des Lumières.
Il reflète également l’engouement de la mode masculine de l’Ancien Régime pour les gilets dont il conserve quelques 350 exemplaires.

Gail Marsh, 18th Century Embroidery Techniques, Lewes

The waistcoat through history, Samuel Windsor
LovetoKnow, Tom Greatrex
Le gilet – histoire et passion, ULUP
http://gentlemansgent.blogspot.com/2012/02/waistcoat-part-1.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Waistcoat_(Garthwaite/Lekeux)

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