La grande broderie des Quakers

20/11/2019

1 – Histoire
A warm thank you to Bridget Guest, general manager of the Quaker Tapestry Museum (Kendal) for her generous help and collaboration!

En 1981, Anne Wynn-Wilson, une brodeuse professionnelle anglaise, de confession Quaker, était en train d’enseigner l’histoire de ce mouvement au jeune Jonathan, quand celui-ci lui proposa de broder ces personnages et leurs hauts faits.

 Détails du panneau George Fox: Lichfield, Pendle Hill © Quaker Tapestry

Anne décide de mettre en place un projet pouvant unifier les personnes âgées souvent isolées tout en permettant la formation des jeunes Quakers. La Tapisserie Quaker était née.
Au final ce sont 77 panneaux de 64 x 54 cm qui retracent plus de 300 ans d’histoire humaine et religieuse.

Les Quakers sont connus pour leur modération et il n’a pas toujours été simple de convaincre le grand nombre du sérieux et de l’importance de cette tâche colossale.
C’est pourtant grâce aux structures du mouvement (réunions locales, nationales et internationales régulières) qu’Anne va pouvoir présenter son projet et s’assurer d’une aide grandissante. Il y a les brodeurs, et ceux qui souhaitent les aider : administration, soutient logistique et légal, recherches historiques, et recherches de fonds. Un comité voit le jour.

Les fonds sont nécessaires car pour Anne, cette aventure devait se faire à un niveau professionnel : des matériaux utilisés à la justesse historique de chaque dessin, tout devait refléter la tradition de qualité des Quakers.

2 – La broderie

La toile de base : Celle-ci devait être de très bonne qualité, pouvant supporter les erreurs à découdre et les nombreux maniements. La couleur devait permettre d’utiliser la convention de Bayeux : les bords des visages humains et des bâtiments sont brodés, mais pas le fond. Une toile de laine est donc spécialement tissée.

Détail du panneau FAU (Friends Ambulance Unite – Unité ambulancière des Amis) © Quaker Tapestry
Le panneau Simplicité (l’un des thèmes majeurs pour les Quakers) © Quaker Tapestry

Les points : Les 5 points retenus doivent pouvoir répondre à tous les besoins. Le point de chaînette sert ainsi à broder une robe de soie, un toit de chaume, un mur de pierre, l’écorce d’un arbre ou un pull en laine. Les points sont : le point de tige, de chaînette et de Bayeux, le point fendu et le nœud de Pékin. Rapidement Anne Wynn-Wilson ajoute un point qu’elle a créé, le Point Quaker, utilisé pour les lettres. Ce point sera par la suite reconnu par Le Royal College of Needlework.

Cette limite suit les techniques de la Tapisserie de Bayeux, et permet à chacun de pouvoir participer à la broderie, ces points étant simples à apprendre. Au final ce sont 4000 personnes dans 15 pays qui auront participé à cette œuvre.

Détail du panneau Manifestations pour la paix © Quaker Tapestry

Les conventions : pour assurer l’unité du travail, chaque panneau doit être brodé en suivant les mêmes conventions. Les couleurs sont limitées à 120 et jamais plus de 40 par panneaux. Les panneaux des premiers siècles sont brodés aux couleurs naturelles, ceux d’après 1850 (et la découverte de l’aniline permettant des teintures colorées), avec des couleurs plus vives.

L’or est utilisé avec parcimonie, selon la sensibilité Quaker.
Les motifs se brodent d’arrière en avant (ce qui est loin dans l’espace est brodé avant ce qui est proche du spectateur). Les vêtements sont brodés comme ils sont enfilés : la chemise avant la veste, les chaussettes avant les chaussures, etc.

Les brodeurs ont souvent du mal avec les visages : «J’ai dû faire et refaire le visage de Margaret Fell plusieurs fois. Je la rendais toujours si triste ! Heureusement que le tissu était solide !» (Margaretta Playfair,1983). Une solution est trouvée : rendre les personnages historiques réels en apprenant à connaitre leurs caractères ou en leur donnant les traits de personnes connues.

Prisme – Premier panneau: le prisme reflète la diversité née de la même source © Quaker Tapestry
A noter: l’un des rares panneaux brodé avec des fils d’or

Cette immense aventure qui aura duré huit ans, a eu un très fort impact, tant sur les spectateurs que sur les brodeurs. Une brodeuse souffrant de paralysie après un accident : « En dessinant les vagues et leurs jets d’écume autour du bateau, j’ai eu l’impression de danser à nouveau ! ». Un groupe en Ecosse fait un long voyage pour visiter le Parlement et voir de près les détails des perruques de telle époque.
Il y a eu aussi beaucoup de frustration dues aux erreurs : la couleur 553 et non 533 devait être utilisée pour les toits de chaume et tous ont dû être refait ! Une formule chimique a aussi dû être corrigée, par souci d’authenticité.
D’autres groupes ne veulent plus s’arrêter et décide de créer leurs propres panneaux, retraçant l’histoire de leur région.

Le bateau de Woodhouse © Quaker Tapestry

3 – Administration
Au cœur de ce travail se trouvent les ateliers. C’est là que les brodeurs apprennent les points, échangent leurs idées et leurs recherches, font connaissance les uns avec les autres.
Outre le travail de broderie, cette aventure a permis à de nombreuses personnes d’ouvrir leurs horizons ou de se lancer dans des tâches inconnues : fabrication de boîtes de transport, recherches historiques, dessin des panneaux, organisation de rencontres, etc.
Pour lever les fonds nécessaires, on vend des kits contenant tout le matériel. Ils permettent aussi aux futurs brodeurs de se faire la main. Un abonnement payant à la newsletter, la vente de livrets, de cartes puis de livres assurent le quotidien. Les premiers panneaux exécutés sont exposés et l’entrée est (modestement) payante. Les dons sont aussi nombreux.
Des comités en charge de ces diverses tâches sont créés, notamment pour organiser des Vacances Brodées ou des Week-end-Ateliers de Broderie.
Une autre activité va demander un travail de plus en plus important : les expositions.

Détails du panneau Ambassades de paix © Quaker Tapestry
Détail du panneau La famille internationale des Amis © Quaker Tapestry

4 – Voyage
La broderie Quaker a énormément voyagé. Non seulement entre les lieux de réunion et les maisons des brodeurs, mais aussi à travers toute l’Angleterre, et, très rapidement, à travers le monde. Cela permettait à beaucoup de gens d’ajouter quelques points à cette aventure, tout en assurant les fonds nécessaires pour la terminer.
Les panneaux spécifiques à certains pays ont été brodés sur place : Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud. Le panneau La Famille mondiale des Amis a lui été brodés en Suisse, en Ecosse, aux États-Unis et en Angleterre).

Panneau Mary Fisher © Quaker Tapestry

6 – Indépendance
Le projet devint indépendant en 1986 sous le nom de Quaker Tapestry Scheme, lui permettant de lever des fonds. Avec les années, le projet est de plus en plus suivi par les médias et les problèmes de copyrights doivent être réglés.
En 1989, tous les dessins des panneaux sont terminés (le dernier point sera brodé en 1996). Une nouvelle étape commence. Le nouveau comité a en charge la protection et l’exposition des panneaux, les diverses publications et surtout de trouver les fonds et le lieu nécessaires à son exposition permanente.

Selon les conservateurs du Victoria and Albert Museum, la broderie ne peut pas être exposée plus de 3 fois par an au risque de s’abimer. Pour répondre à cette mesure et aux nombreuses demandes pour exposer les panneaux, des photos de très haute qualité ont été réalisées, de la taille de panneaux. Entre le 29 juillet 1989 (première exposition publique de tous les panneaux) et le 25 avril 1994 (installation des panneaux dans leurs maison permanente à Kendal, Lake District), plus de 100 expositions sont organisées.

Panneau Stephen Grellet © Quaker Tapestry

Un petit livre très bien fait retrace en détail cette aventure (en Anglais). Vous pouvez le commander ici. Il ne coûte que £5. 

Vous pouvez aussi voir tous les panneaux ici
Un grand nombre d’objets liés à la tapisserie (comme des kits, des livres, des cartes, des DVC, etc.) sont également en vente dans la boutique (et en ligne) au Musée de la Tapisserie Quaker à Kendal

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