Le Boutis – techniques, artistes contemporains et aiguille Bohin

10/12/2020

Texte France Boutis

Description de la technique
Le boutis ou broderie de Marseille, appelée anciennement broderie emboutie, après un déclin de plusieurs décennies, est aujourd’hui pratiquée dans toute la France et dans certains pays étrangers. C’est une technique d’embellissement du tissu consistant à lui donner du relief. Le boutis est la seule broderie d’aspect aussi achevé à l’endroit qu’à l’envers. Le boutis utilise une technique simple mais requiert l’excellence.
Le technique se pratique à partir de deux étoffes, le plus généralement de coton, de lin, parfois de soie, traditionnellement blanches ou sur deux couleurs différentes. Sur l’étoffe du dessus, un décor est tracé à main levée ou décalqué. Actuellement, il peut être pré imprimé d’une encre effaçable à l’eau sans repassage préalable. L’utilisation de la table de lumière permet la transcription du décor par transparence.
Sans prélavage pour éviter la rétractation, les deux étoffes sont, ensuite, solidarisées par un bâti afin qu’elles ne bougent pas durant le travail.

Salon Boutis – 2016- Réalisation Andrée Gaussin © France Boutis
Petits points © France Boutis

Commence alors le piquage, qui se déroule toujours du milieu vers les bords afin de repousser d’éventuelles « grimaces » du tissu vers l’extérieur. Les contours du décor sont sertis à très petits points, au point de piqûre ou au point avant. Lorsque ce travail est terminé, la mise en relief peut commencer. On retourne alors l’ouvrage et à l’aide d’une aiguille au bout légèrement arrondi, on glisse un fil de coton, blanc ou de couleur, entre les deux étoffes dans la partie du décor que l’on souhaite mettre en relief. L’opération est répétée autant de fois qu’il est nécessaire pour obtenir le relief désiré. C’est au toucher ou la vue que le créateur juge si l’effet obtenu est satisfaisant.
Depuis une dizaine d’années, les pratiquants emploient la méthode « du lasso » pour la mise en relief : entre l’aiguille et le fil de coton, on installe un lasso c’est à dire une boucle de fil fin qui n’agresse pas la trame de l’étoffe et ouvre la porte au fil de coton plus gros.
La mise en relief a, elle aussi, évolué selon les créations, ou les formations. Le relief est plus ou moins volumineux et on peut observer ces différences notamment entre les régions.

Les motifs
Andrée Gaussen, aimait à dire « qu’un boutis ne se regarde pas, mais qu’il se lit ». Les boutis.seurs.seuses d’aujourd’hui utilisent souvent d’anciens décors. Les motifs dessinés reprennent pour la plupart le vocabulaire végétal et symbolique hérité du passé.
Les formateurs s’efforcent d’inciter les brodeurs à créer leurs motifs propres, en s’inspirant du quotidien environnant, nature ou objets, balcon en fer forgé, thèmes architecturaux, ou en adaptant des ouvrages existants. La symbolique exploitée dans la création est donc un vecteur d’expression propre à chaque groupe ou personne.

Papillon déployé avec rosettes / Dessin Isabelle Thurin / Réalisation Marguerite Achard,  10 x 10 cm © France Boutis
Ginkgo, Mandala / Dessin et réalisation Hubert Valerie, diamètre 42,9 cm © France Boutis

Description du matériel
Pour le dessin des modèles : Crayon pointe fine, gomme, règle, compas, papier calque. Crayons HB papier ou feutres modernes, pour dessiner les poncifs. Une règle graduée, équerre pour le traçage du motif.

Pour la broderie en boutis :
– Fils à coudre de couleur ou blanc, de lin, de soie ou de coton en fonction du support.
– Fil à bâtir.
– Ciseaux pour ébarber les envers, à broder, courbes pour raser les mèches de coton.
– Aiguille pour réaliser le contour des motifs au point « avant » ou « de piqûre », de préférence courte et fine.
– Aiguille à « emboutir » (genre passe-lacet) en métal, poinçon, utilisés pour le rembourrage des motifs.
– Mèches de coton blanc, débourrées ou filées de différentes tailles pour la mise en bosse des motifs.
– Tissu de lin, de coton, tissu de soie, tissu de coton, de préférence d’armure
– Crayons à mine de plomb, type crayon à papier, feutres pour dessiner les poncifs.
– Tambours ou cadres en bois pour maintenir l’étoffe tendue lors du piquage ou de la mise en relief.
(Extrait fiche officielle inscription au PCI)

Le boutis blanc
Le boutis n’a été blanc que pendant quelques décennies. A l’origine, il se faisait en couleurs comme le montrent ces références historiques :
• L’appellation « piqûre de Marseille » figure en 1761 sur l’inventaire du seigneur de Toulouges le sieur de Palmarole : « Un couvre-toilette blanc à piqûre point de Marseille, une autre (sic) de mousseline piquée blanche, doublée de taffetas rouge ». Cette dernière mention signale l’effet de transparence recherché entre le taffetas rouge qui apparaît en rose sous la mousseline et les mèches blanches limitées par des points de piqûre qui cernent les motifs du décor.
• Un autre exemple significatif : en 1775 chez Joseph de Garrau un dessus piqûre de Marseille doublé de taffetas rose.
• Une autre technique consistait à se servir de mèches colorées transparaissant sous la mousseline blanche.
(Extrait d’un article janvier 2016 sur la piqûre de Marseille de Marie-José Eymar Beaumelle (expert en étoffes anciennes et membre du CIETA) et Laurent Fonquernie (historien de l’art spécialisé dans les arts décoratifs)

Pavés en boutis / Dessin Marianne Gayraud / Réalisation Corinne Forterre, 50 x 50 cm  © France Boutis
Croix occitane / d’après un dessin Hubert Valeri / Réalisation France BOUTIS © France Boutis

Artistes du boutis
Hubert Valeri – Paris / https://www.boutisarchi.com/

Natif de Marseille, Architecte D.P.L.G., il découvre en 1999 le boutis qui emploie la piqûre de Marseille, ce qui lui rappelle ses racines. Cependant, il se tourne résolument vers une esthétique du 21ème siècle. Autodidacte, il fait évoluer le dessin vers la géométrie. Il ouvre la technique vers de nouvelles possibilités en s’associant à d’autres artistes tout en respectant certaines bases spécifiques comme la transparence ou la réversibilité propre au boutis. Par exemple la technique pojagi coréenne intègre également la réversibilité et peut donc se décliner avec le boutis. Créateur de modèles, il dispense des cours en France et au Canada et participe à de nombreux salons d’art et de création textile. Hubert Valeri est aussi l’un des auteurs ayant publié le plus d’ouvrages sur le boutis.

Dominique Fave, – https://www.dominiquefave.com/

Après des études artistiques, Dominique Fave découvre le boutis dans les années 1990. C’est l’aspect « sculpture » et « bas-relief » qui l’intéresse dans cette technique. Elle utilise principalement la soie. Pour faire du boutis autrement, elle créée ses propres dessins et choisit l’abstraction, s’inspirant de l’Asie ou de l’Afrique, mêlant rythme, relief et couleur. Depuis 2009, elle créée des accessoires de mode, des pièces de mobilier type coussins, panneaux muraux en boutis de soie, des bijoux en boutis et des pièces en 3D. Elle considère le boutis comme une technique totalement inscrite dans une région et véhiculant ses traditions. Il fait partie de l’histoire de France et participe de la richesse et de la diversité des savoir-faire. L’artiste salue la création du Salon National du Boutis qui fédère de nombreux petits clubs et associations, créant des liens forts entre eux autour de cette pratique. Ces liens ainsi créés ne cessent de se développer et cette technique évolue avec son temps sans perdre ses racines.

Boutis sur soie,  tableau et collier Dominique Favel © France Boutis

Monique Guillard – Bordeaux

II y a dix huit ans à l’occasion d’un stage animé par Mmes Gaussen et Born, Monique Guillard fait connaissance avec cet art jusqu’alors inconnu. Depuis elle s’y consacre complètement. Elle souhaite que cette technique, telle que pratiqué au 17ème et 18ème siècle soit préservée. Afin de le pérenniser et de le diffuser, les artistes doivent le faire évoluer dans une approche contemporaine. A travers les siècles, les arts décoratifs ont toujours évolué selon les goûts et l’amélioration des techniques. Le boutis doit faire de même en proposant des dessins nouveaux, des couleurs et des utilisations inhabituelles sur les accessoires de mode. Imaginer, créer, dessiner, réaliser, avoir une exigence de qualité, tenter d’atteindre l’excellence par un travail minutieux et raffiné qui amène le boutis comme l’étape ultime, par sa perfection des techniques, tel doit être l’objectif afin de transmettre cet art décoratif aux générations suivantes. La connaissance des boutis anciens, leur conception, la recherche permanente d’amélioration pour faire revivre le boutis dans une optique plus contemporaine anime la volonté de Mme Guillard à travers les créations que ce soit sur des panneaux de conception classique ou de formats inhabituels ou un travail sur la soie par des vêtements et accessoires.

Gilet de Roger / Dessin Hubert Valeri / Réalisation A.C. Pantel © France Boutis
Robe de mariée en soie – jupe en boutis 73 cm de haut – Kumiko Nakayama Geraerts © France Boutis

Kumiko Nakayama – St Ouen

Dès 6 ans, son goût pour la peinture l’amène à apprendre la peinture à l’huile mais aussi la calligraphie (10 ans de leçons), certainement la base de ses futures activités artistiques.
Elle réalise sa première robe à 10 ans, puis obtient un diplôme de haute couture puis de styliste à Tokyo.
Son premier métier est celui de styliste dans une maison de haute couture. Comme chef de projet est doit concevoir et dessiner des accessoires de luxe pour la mode.
À 29 ans, elle arrive à Paris motivée par le souhait de découvrir une autre façon de vivre. Elle dessine pour la société de son mari, imaginant des objets de décoration tout en poursuivant son intérêt pour le fil en dessinant des collections de tissu, en rédigeant des ouvrages sur différents savoir-faire autour des accessoires de modes, sur la mode Enfants ou les techniques de broderie, etc.
Son premier ouvrage sur le boutis a été édité au Japon en 1999 ; aujourd’hui, en 2020, elle édite son 6ème livre toujours dans un grand classicisme. Il est disponible en Français, Anglais et Japonais.
Kumiko dessine, réalise et expose ses boutis en France, au Japon, aux Etats-Unis, au Brésil comme à Taiwan ; elle expose régulièrement lors du plus grand salon textile en Asie : le Tokyo Quilt Festival
Elle enseigne la conception, la technique et le dessin classique du boutis depuis une dizaine d’année dans une école de Tokyo.

Association France Boutis
Cette association, créée en 2007, compte aujourd’hui plus de 500 adhérent(es) et a pour but de promouvoir, transmettre et partager l’Art du Boutis ou Broderie de Marseille. C’est sous cette appellation que depuis juin 2019, cet art textile est inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel en France.
« Notre association, grâce à la disponibilité de ses bénévoles, aiguille en main, diffuse « le bon geste » notamment par le biais de stages ou d’ateliers d’initiation et de perfectionnement que nous dispensons lors de nos participations à des expositions d’envergure internationale partout sur le territoire.
France Boutis est, également, à l’origine d’une manifestation qui est maintenant incontournable pour les passionné(e)s : le Salon National du Boutis qui se tient tous les deux ans à Caissargues (Gard) au cours duquel se retrouve une quarantaine d’exposants.

Le perfecto / Création et réalisation Monique Guillard © France Boutis
Une belle arlésienne / Dessin et réalisation Isabelle Thurin pour France Boutis,  35 x 22 cm © France Boutis

L’aventure du Patrimoine Culturel Immatériel en France
Le Boutis ou Broderie de Marseille est inscrit à l’inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel de France depuis le 26 Juin 2019. Récit d’Annie Pantel : « L’aventure, parce que c’en est une, a commencé en fin 2015 lorsque le Ministère de la Culture a chargé un de ses représentants de découvrir notre art lors du 4ème Salon National du Boutis de Caissargues. Après quatre ans d’âpres batailles où ont alterné recherches, exaltation, doutes et espoirs, le Boutis ou Broderie de Marseille a enfin rejoint, le 26 Juin 2019 par décision du Ministère de la Culture et approbation unanime du jury, le club restreint des grands arts textiles français.
France Boutis a beaucoup travaillé pour cette réussite en participant à la présentation d’un dossier exhaustif retraçant l’histoire de cette broderie en bosse, sa technique, son évolution, passée et actuelle, et les chemins de sa transmission au cours des siècles. Toutefois, rien n’aurait été possible sans l’aide de toutes les associations pratiquantes, qui ont enrichi le dossier, et sans l’appui et le soutien précieux de grands noms de la couture comme Jean-Paul Gaultier, Karl Lagerfeld, Agnès B. et de certains élus comme les maires de Marseille, Caissargues et Pierrefeu du Var, soucieux de préserver et développer notre héritage provençal. Ce sont associés à cette démarche de longue haleine, le musée Galliera – musée de la mode à Paris – le musée Fragonard à Grasse, le musée Souleiado à Tarascon et tous ceux que nous n’avons pas la place de citer ici.

Les boutisseuses et boutisseurs français et étrangers trouvent dans cette reconnaissance le moyen de différencier leurs ouvrages des pseudos boutis qui envahissent nos marchés ou sur le net et qui ne sont que des matelassées exécutés industriellement à la machine.

Une aiguille unique / Maison Bohin
En octobre 2018 Annie Pantel, présidente de France Boutis, visite, à titre personnel, l’usine BOHIN à Saint Sulpice sur Risle (61). « Nous avons fait la connaissance du Directeur commercial, nous lui avons parlé de France Boutis et de nos difficultés à trouver une aiguille pour la mise en relief qui correspondait à nos critères.
Suite à cette entrevue la maison BOHIN a accepté l’étude d’une aiguille pour boutis. Au bout de plusieurs mois de collaboration, en mai 2019 les premières aiguilles ont été vendues lors du salon de Aiguilles en Luberon. Depuis ce jour nos adhérentes ne tarissent pas d’éloge envers cette réalisation ».

L’aiguille Boutis de la maison Bohin © France Boutis

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante! Merci! Claire

Partager