Le Boutis – une aventure brodée Provençale

25/11/2020

En 2019 le Patrimoine Culturel Immatériel de France a accueilli la technique du Boutis en son sein. Avant de parler de cette magnifique reconnaissance, nous présentons ici une petite Histoire du Boutis. France Boutis (voir ci-dessous) a bien voulu nous partager ses connaissances. Merci!

Note de l’éditrice – à la question « D’où vient ce nom ? », j’ai trouvé la réponse sur Wikipedia : « On a donné au boutis de multiples étymologies. Mais il semble tirer son nom de l’ancienne aiguille de buis qui permettait ce travail. Ces aiguilles à deux chas étaient utilisées pour bouter (pousser) sur l’envers les mèches de coton entre les deux étoffes.

Le boutis s’apparente à une technique de matelassage, connue en Chine sous la dynastie Han (- 206 avant J.-C./+ 220 après J.-C.). Parler de broderie emboutie ou de boutis, c’est évoquer Marseille tant les deux noms sont liés, aussi bien au 16ème siècle que de nos jours.

Marseille, port ouvert sur la Méditerranée et l’Orient est, en effet, pionnière dans la maîtrise de ces techniques de piqûre nées en Orient. Il s’agissait alors de transformer les toiles de coton venu d’Égypte et de Syrie dès le 13ème siècle*.
Le coton est indispensable à la pratique de cette technique de broderie : broderie en relief, sans fils flottants, parfaitement adaptée au linge de toilette (chauffoirs, brassières, maillots, corps souples, toilettes).
*Blancard, Contrats commerciaux du 13ème siècle

Jardin givré / Dessin Hubert Valerie,  Réalisation A.C. Pantel, 44 x 44 cm ©France Boutis
Vanne de Cornélie / Dessin et réalisation Cornelie Larguier, 135 x 135 cm ©France Boutis

Les appellations officielles de « Piqûre de Marseille » et « Broderie de Marseille » correspondent à deux variantes historiques de la technique dite « du boutis ou bouttis» en langue vernaculaire dont le phonème existe transcrit comme tel dans un dictionnaire et dans les documents des 17ème et 18ème siècles à Marseille.

Sources – Achard, Claude-François, p. 118 – Procès de condamnation des fraudeuses au boutis condamnées à l’amende et au carcan, 1725, A M Marseille, série BB
Inventaires après décès mentionnant des boutis (ou bouttis) AD13-2B 806-1692 et 2B 881-1773
Arrêté mentionnant la protection des ouvrages piqués, 1686 Marseille A C C, série H.

Les pièces médiévales et modernes aujourd’hui conservées permettent de distinguer deux variantes historiques du boutis :

La piqûre de Marseille, réalisée par le corps des brodeurs futainiers et cotonniers à Marseille du 16ème siècle à 1765. Elle consiste à introduire un fil torsadé à effet vermiculé ou cordé, dans le goût maniériste pour les plus anciennes ou de plus volumineuses mèches entre deux épaisseurs de textile préalablement ornées d’un décor exécuté au point de piqûre (point arrière).
La Broderie de Marseille, broderie domestique en fort volume, dont on constate le grand essor à partir de la dissolution du corps des brodeurs de Marseille, en 1765.
Cette version simplifiée de la piqûre de Marseille, réalisée par les femmes de condition populaire pour une clientèle bourgeoise locale, consistait à introduire d’épaisses mèches dans un décor réalisé, non plus au point de piqûre, mais au point avant, beaucoup plus rapide et économique en fil.*
*Marie-José Eymar- Beaumelle, Les Belles de Mai, 2002.

Boutis de Tristan, vers 1395 /Code musée 1391-1904 ©Victoria and Albert Museum, Londres
Tête de lit d’après une gravure d’église italienne / Dessin et réalisation Cornélie Larguier, 1m30 ©France Boutis

En 1688, Gaspard Carfeuil, grand négociant marseillais, témoigne dans son mémoire manuscrit destiné à la Chambre de Commerce de Marseille (Etat général de toutes les marchandises à Marseille en 1688) du succès très vif de cette broderie en relief. Les brodeurs sublimaient une étoffe peu chère et les ateliers de Marseille exportaient des pièces dans toutes les cours d’Europe et même dans les îles.

Ainsi quelques pièces conservées dans les grandes collections confirment la qualité exceptionnelle du travail marseillais exécuté pour les cours européennes dès la fin du 17ème siècle. L’exposition « Pierre Le Grand, un tsar en France, 1717 » (Versailles, Grand Trianon, 30 mai-24 septembre 2017) a présenté un gilet en broderie de Marseille porté par le tsar de Russie lors de son séjour en France en 1717. Elle est aussi citée dans des inventaires de 1725 et 1750, relatifs à la commande d’ouvrages en broderie de Marseille par Marie Lezczynska, épouse du roi Louis XV, ou dans un inventaire de 1779 se rapportant à la princesse de Condé.

L’arbre de vie / Création et réalisation Monique Guillard ©France Boutis
Les Années Folles / Dessin J.J. Fabre, réalisation France Boutis ©France Boutis

France Boutis – une association très active présidée par Annie Pantel, a rédigé cette notice pour le Patrimoine Culturel Immatériel de France.
Auteures de l’article –
Marie-José Beaumelle, membre du CIETA (Centre International d’Expertise des Textiles Anciens)
Monique Alphand, membre de l’AFET (Association Française pour l’Etude du Textile)
Marie-Josée Fauconnier, Présidente Trésor, Patrimoine Etoffes à Marseille

Article à lire sur France Inter – https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-18-juillet-2018

Sur Wikipedia (les Sources sont toutes authentiques) – https://fr.wikipedia.org/wiki/Boutis

Le site de France Boutishttp://franceboutis.com

Tissages /  Dessin Hubert Valeri, réalisation Myriam Clusel, 70 x 70 cm ©France Boutis

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante! Merci! Claire

Partager