La Maison des Grenadières ou l’art de la broderie d’or

21/01/2020

Texte : Maison des Grenadières / Association des Grenadières du Haut-Forez – avec tous mes remerciements

L’ancienne communauté de communes des Montagnes du Haut-Forez est à l’origine de la création de l’atelier-musée de la broderie au fil d’or. Les Grenadières sont ces femmes aux doigts d’or qui ont principalement brodé pour l’armée, au 20ème siècle. La Grenade (l’arme en explosion) est l’insigne qu’elles ont reproduit et décliné en plus grand nombre. En résumé, les grenadières sont donc des brodeuses de grenades militaires. La grenade demeure aujourd’hui le symbole des gendarmes et des pompiers.

© Claude Benoit à la Guillaume

Ce savoir-faire d’exception est présent sur le territoire du Haut-Forez depuis la fin du 19ème siècle, époque où les sœurs Chauvel de Saint-Julien-la-Vêtre partent pour Paris (quelle audace pour l’époque !). Ce qui se passe à la capitale est assez flou. On sait toutefois qu’à leur retour, elles détiennent le savoir-faire ainsi qu’un carnet d’adresse et de commandes.

© Claude Benoit à la Guillaume

La première guerre mondiale s’enclenche et il faut produire. C’est dans l’ancien canton de Noirétable que sera réalisée 80% de la broderie militaire française du 20ème siècle. Un peu de hasard et un territoire très rural où il faut occuper les habitants, les femmes ici en l’occurrence, pendant l’hiver… L’âge d’or, entre les deux guerres mondiales et pendant la reconstruction, verra près de 500 grenadières en activité. A domicile, de génération en génération, une femme sur quatre en âge de travailler est alors grenadière. L’appellation « grenadières » est liée à des conditions de travail précises et à une époque donnée : brodeuses originaires de la région, activité exercée exclusivement à domicile, formation effectuée « sur le tas », rémunération à la pièce, une certaine monotonie dans le travail (les grenadières réalisaient les insignes à la chaîne et se devaient d’être les plus productives possible), travail peu valorisé. Ce métier était souvent perçu comme un moyen d’améliorer un peu ses conditions de vie.

En 2002, il ne reste que 13 grenadières en activité. Dès la fin des années 70, la tendance est à la délocalisation de la production. Un phénomène qui se confirme dans les années 90. A l’heure actuelle, les principaux concurrents sont les brodeurs indiens et pakistanais. Outre cette délocalisation, l’industrialisation de la production et l’utilisation croissante de broderies réalisées à la machine engendre une baisse considérable des commandes.

L’ancienne communauté de communes sent le vent tourner et soutient la création du musée comme mémoire d’un savoir-faire précieux. L’idée est alors de continuer à transmettre aux générations futures cette spécificité locale. A noter qu’il n’y aucune trace « bâtie » de cette activité « invisible » exercée dans l’intimité du foyer familial.

© Association des Grenadières du Haut-Forez

Les 13 grenadières encore en activité en 2002 partent à la retraite les unes après les autres, sans remplaçantes. Les marchés s’effondrent et les jeunes générations n’ont guère envie de reprendre le flambeau. Elles ont vu leur mère travailler d’arrache-pied sans grande reconnaissance et espèrent un avenir meilleur. Dès lors, on cherche de nouvelles brodeuses dans les 4 centres de formations français à :
– Rochefort-sur-mer
– Sartrouville
– Paris
– Lunéville

A l’aube des années 2010, de jeunes brodeuses diplômées sont engagées pour venir travailler à Cervières. Elles ne sont pas « grenadières » mais brodeuses au fil d’or. Une même technique mais des conditions de travail bien différentes : régime des 35h, polyvalence dans le travail (elles sont bien souvent brodeuses et couturières) ce qui leur permet d’assurer toute la chaîne de production, pas de travail à la chaîne. On glisse alors d’un métier gagne-pain à un métier d’art (et c’est tant mieux !).
L’agence Abaque s’est chargée de la muséographie, conjointement avec un architecte.
Le groupe Marck, pour lequel les grenadières ont travaillé des années durant, nous a mis en dépôt ses archives : échantillons, catalogues, trésors de calques par milliers et autres ouvrages spécialisés…

© Association des Grenadières du Haut-Forez
© Association des Grenadières du Haut-Forez

Depuis septembre 2017, Marine Ferrand, diplômée du Brevet des Métiers d’Art broderie main au lycée Octave Feuillet de Paris est employée à plein temps. Elle est salariée par l’Association des Grenadières du Haut-Forez. Loire Forez Agglomération qui gère le musée depuis 2017 verse une subvention à l’association à cette fin.
Les formations et autres stages de broderie au fil d’or sont assurés par l’Association des Grenadières du Haut-Forez.

La broderie à la cannetille est entièrement faite à la main. Aucune possibilité de l’automatiser à ce jour. Les fils métalliques (dont la cannetille) utilisés au musée sont fabriqués par l’entreprise Carlhian à Lyon.
Nous utilisons principalement de la cannetille mais aussi du jaseron, du filet et des paillettes. En broderie contemporaine, on mélange parfois les matières et Marine aime utiliser d’autres techniques de broderies, tel que le crochet Lunéville.

Pour aller plus loin:
Site des Grenadières
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