Manufacture Langlois et la tapisserie à l’aiguille

15/03/2020

Au cœur de la petite ville de Blois, si riche d’histoire, se tient une Manufacture de Tapisserie. La maison Langlois fondée en 1865 est toujours bien vivante, détentrice d’un savoir rare et précieux : la tapisserie au point.
Rencontre avec Carole Redais – interview de Claire de Pourtalès

Les photos sont protégées par le copyright pour la Manufacture Langlois.

Les débuts commencent avec une mercerie et Mme Gagnot-Sausse qui se découvre une passion pour la restauration des tapisseries. Le succès est rapidement au rendez-vous. Il lui faut même inventer une méthode pour aider les clients qui souhaitent réaliser les tapisseries eux-mêmes. Ce procédé de reproduction est encore employé aujourd’hui.
A partir de 1883, la manufacture est rachetée par la famille Langlois qui la fera prospérer pendant 4 générations.
En 2015, elle passe aux mains de Carole Redais.

Panneau de soie restauré – Chateau de Sully © Manufacture Langlois
Dessin sur canevas © Manufacture Langlois

Née en Haute Savoie, Carole passe un bac Arts Plastique avant de suivre un Brevet des Métiers d’Art (BMA), en restauration de tapisserie à Aubusson. Elle commence chez Chevalier Conservation et obtient en 2003 une habilitation pour pouvoir travailler dans les musées nationaux. Elle décide d’élargir ses connaissances en passant chez Bobin Tradition où elle peut travailler aux appels d’offre nationaux.
En 2012 elle répond à un appel de M. Langlois qui cherche une restauratrice. Lors de l’entretien, il lui confie qu’il cherche aussi une personne pour reprendre la manufacture. Pendant 3 ans Carole se forme au tramage (le procédé de reproduction cité plus haut) puis, se sentant prête, reprend la direction de la vénérable Maison.
Elle travaille avec 6 femmes, dont une dessinatrice et une comptable. Chacune a sa spécialité et travaille à la tâche. Il est difficile de trouver des jeunes pour reprendre ce métier – soit elles n’ont pas assez d’expérience, soit elles sont trop diplômées !

La Manufacture tourne principalement autour de la restauration et de la création de commandes. Pour celles-ci, les kits sont proposés avec différent niveau de tramage : tapisserie tramée, au contour tramé ou indiqué. Le fil de couleur vertical est déjà posé, la brodeuse doit le compléter au petit-point, demi-point, point de croix ou point de Gobelin.
La broderie traditionnelle est surtout un décor réalisé sur un fond. En tapisserie au point, le fond compte tout autant que le motif et doit aussi être recouvert. Le travail se fait à l’aiguille.

Carole Redais en plein tramage © Manufacture Langlois

La Manufacture a des stocks importants de laine de toutes les nuances, mais se fournit près d’Aubusson quand c’est nécessaire. Par contre la toile (le canevas) n’est plus fabriqué en France et Carole doit se fournir en Allemagne ou en Suisse.

Tapisserie en cours de restauration © Manufacture Langlois
Après la restauration © Manufacture Langlois

La restauration reste la partie la plus importante du travail de la Manufacture. Quand cela est possible, les tapisseries sont démontées pour être restaurées en atelier sur d’immenses métiers. La suspension de ces lourds ouvrages fait subir de fortes tensions au canevas et aux fils. Ceux-ci sont souvent si déviés que le seul moyen pour faire tenir la tapisserie sur un métier sont les aiguilles. Pour les tapisseries de soie, les brodeuses utilisent même de fines aiguilles entomologiques (celles utilisées pour épingler les insectes).

L’atelier © Manufacture Langlois
Vérification du tissage sur place © Manufacture Langlois

Les techniques ont peu changé – Carole a travaillé de la même manière sur des tapisseries du 15ème siècle (L’École d’Athènes de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale) ou des années 1990 (Musique et Danse de Riberzani, Espace Carpaux à Courbevoie). Il faut dépoussiérer l’ouvrage (la poussière abime les fibres) et surtout vérifier le tissage. Les « coutures de relais » sont les plus fragiles. Celles-ci permettent d’associer deux fils de couleurs différentes, au dos de la tapisserie. Elles sont exécutées en dernier. Elles permettent d’éviter qu’un espace ne se forme entre les couleurs.

Restauration – détails © Manufacture Langlois

Quand la tapisserie ne peut pas être décrochée, il ne faut pas avoir peur du vide : à Courbevoie il a fallu 4 étages d’échafaudages et y travailler pendant 15 jours !
Nous sommes bien loin de l’image de la brodeuse fragile et délicate !

Tapisserie de soie avant restauration – Chateau de Sully © Manufacture Langlois
Tapisserie de soie après restauration – Chateau de Sully © Manufacture Langlois
Tapisserie de soie en cours de restauration – Chateau de Sully © Manufacture Langlois

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