Michele Carragher à la London Embroidery School – 2014

22/06/2019

En 2014, la brodeuse anglaise Michele Carragher (connu pour ses incroyables costumes de Game of Thrones) a donné un cours à la London Embroidery School. La broderie est un art exigeant et il est bien difficile d’en vivre. La carrière et la reconnaissance médiatique de Michele est un magnifique exemple pour tous les brodeurs qui souhaitent vivre de leur passion.
L’interview qui suit a été donnée à Claire, de la London Embroidery School le 14 août 2014 (https://www.londonembroideryschool.com/2014/08/14/interview-with-costume-embroiderer-michele-carragher/) et traduit par une autre Claire (de Pourtalès) pour Le Temps de Broder.

Avant de commencer le cours « Parure d’insecte », nous avons demandé à la grande brodeuse de costumes Michele Carragher de nous parler un peu d’elle et de son travail.

LES : Comment avez-vous commencé à broder ?
MC : Ma première approche des tissus s’est faite très tôt, auprès de ma mère qui m’apprenait les points de couture de base. Mais c’est à l’université, quand j’étudiais le Dessin de Mode que j’ai commencé à utiliser la broderie. Je voulais que mes modèles aient une présence sculpturale. Pour l’obtenir j’ai investi beaucoup de temps dans l’apprentissage des techniques de la broderie et du tricot.

LES : Qu’est-ce qui vous intéresse dans la broderie ?
MC : Quand j’étais jeune, je ne me suis jamais assise pour préparer un plan de carrière. Tout ce que je voulais c’était travailler dans le domaine de la création où je pouvais utiliser les techniques pour lesquelles j’étais passionnée – illustration, peinture, sculpture et la création de costumes. Je me sens donc très chanceuse qu’au final j’aie trouvé une carrière qui les combine tous.

LES : Qu’est-ce qui vous inspire ?
MC : Absolument tout ! J’adore la sculpture, la décoration architecturale, les sculptures en fer forgé, les tissus anciens, les bijoux de René Lalique, la broderie Haute Couture. Je ne suis pas vraiment une personne attirée par le « moins c’est mieux ». Du coup, j’aime mieux l’art classique, mais pas exclusivement. Je ne veux rien rejeter, que ce soit du contemporain, du moderne ou du classique, je m’inspire de tout.

LES : Qui est votre inspirateur préféré ?
MC : En fait je ne pourrai pas nommer une seule personne, il y en a trop ! Et pas seulement des artistes qui travaillent dans les domaines que j’admire, il y a aussi beaucoup de gens que j’ai rencontrés dans ma vie privée et des gens avec qui j’ai partagé un travail et qui m’ont vraiment inspirés.

LES : Combien de temps cela vous prend-il de réaliser une broderie ?
MC : Cela dépend de la broderie – entre 5 et 14 jours. Si c’est une pièce spécifique pour un film cela peut prendre plusieurs semaines à créer ; si c’est pour la télévision, on a moins de temps.
Idéalement, je passe un jour à faire des recherches et à organiser le travail de broderie. Si possible, un autre jour pour faire les premiers essais. Selon le dessin, s’il faut prévoir des ajustements et si le temps le permet, j’aime ajouter un jour de plus avant de commencer à broder la pièce définitive.
Ensuite, le temps pour broder dépend du type de fil et des points employés, certains étant plus rapides à faire que d’autres. Un dessin qui a l’air lourdement brodé peut en fait être exécuté plus rapidement que quelque chose de plus simple mais qui demande que chaque point soit exécuté parfaitement.

LES : Pouvez-vous nous parler de votre processus, du début d’un projet jusqu’à la fin ?
MC : Je commence à travailler avec le costumier qui a déjà rencontré le réalisateur, le producteur, l’auteur et les responsables des autres départements pour discuter du ton et de l’aspect général du film.
Le costumier aura donc des illustrations, des esquisses, des couleurs et des bouts de tissus à me donner pour les costumes que je vais dessiner. Après quoi, je fais des recherches en lien avec tout ça, puis je réalise quelques essais à montrer au costumier. Et les choses évoluent à partir de là.
Je réalise d’abord quelques dessins que je reproduis ensuite sur du papier calque. Je les accroche ensuite au costume ou au tissu pour ensuite imaginer le mouvement du motif. Quand je commence à broder, je travaille souvent sur de l’organza qui sera ensuite appliqué sur le costume terminé, car la plupart du temps le costume est encore en cours de réalisation quand je commence la broderie et qu’il n’y a tout simplement pas le temps de réaliser la broderie sur un costume terminé. J’aborde la broderie comme un dessin ou une peinture, utilisant les fils et les perles à la place du crayon et de la peinture. Le motif évoluera naturellement pendant que je travaille.

LES : Combien de temps travaillez-vous généralement pour un film ?
MC : Cela change beaucoup. Parfois on me demande de travailler sur un seul costume, comme pour le film « Prince of Persia : Les Sables du Temps ». La costumière avait un morceau de tissu décoré d’appliques qu’elle voulait que j’utilise pour recréer un costume pour le personnage du Prince Dastan joué par Jake Gyllenhall. Comme ce costume devait être porté lors de scènes d’action j’ai dû en faire plusieurs à l’identique, chacun demandant entre 6 et 7 jours de travail. Pour Game of Thrones, je travaille généralement 5 mois par saison, entre 5 et 7 jours de travail par semaine, et généralement 10 heures par jour.

LES : Comment voyez-vous l’avenir de la broderie sur costume ?
MC : Il n’existe pas de boule de cristal pour prévoir si la broderie sera utilisée pour les costumes dans les futurs films ou à la télévision. Cela dépend entièrement de la programmation. Mais il semble y avoir un retour des films historiques ou de Fantasy en ce moment. Le futur, pour instant, est donc plutôt positif.

LES : A quoi aimeriez-vous travailler d’autre ?
MC : En ce qui concerne les films, tout ce qui peut pousser ma créativité, mon art. J’aimerai aussi pouvoir créer mes propres œuvres que je pourrai exposer dans une galerie. Une œuvre ambitieuse qui pourrait être vue de près.

LES : Avez-vous déjà été tentée de garder une pièce pour vous-même ou d’en refaire une ?
MC : Non. La plupart des costumes que j’ai brodés sont faits pour des actrices qui sont généralement menues et très fines. Donc la plupart de ces costumes ne m’iraient pas. J’ai aussi surtout travaillé pour des productions qui se déroulent dans le passé ou dans des mondes imaginaires, ce qui rend ces costumes un peu difficiles à porter au supermarché ! Vous imaginez payer à la caisse dans un costume Élisabéthain ?

LES : Pouvez-vous nous dire sur quoi vous allez travailler ensuite ?
MC : Non, désolée, je ne peux pas, je suis tenue au secret !

LES: Bien sûr ! Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui souhaitent poursuivre une carrière dans la broderie ?
MC : En ce qui concerne la création des costumes, même si vous voulez juste faire de la broderie, il est important d’avoir une expérience d’assistant costumier, de voir comme les autres départements travaillent ensemble pour monter un projet et comment leur travail est visible à l’écran. Comme ça, vous aurez une compréhension plus complète de tout le processus.

LES : Avez-vous d’autres passions ?
MC : Oui, j’adore les chevaux. J’ai passé de nombreux étés à travailler dans les écuries de mes amis sur l’Ile de Wight. Ils m’ont enseigné l’équitation classique. Du coup, dès que j’ai un moment de libre, de vais à une leçon de dressage pour essayer d’arriver à ce but illusoire de l’harmonie parfaite entre le cheval et le cavalier.

 

Un grand merci à la London Embroidery School d’avoir accepter de partager cette rencontre!

Crédit photo – London Embroidery school

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