Une guérison un point brodé après l’autre

12/01/2020

Par Susan Gonzalez, traduction libre de Claire de Pourtalès

Thank you very much Susan for your authorization!

Michelle Beaulieu-Morgan est une doctorante et une employée de l’Université de Yale (USA). Les œuvres brodées qu’elle expose au Whitney Humanities Center (WHC) ne sont pas seulement des pièces d’art réalisées pour le simple plaisir. Elles sont les jalons d’une route vers la guérison.

Michelle Beaulieu Morgan ©Photo Michael Marsland
Glory of God, Wrath of God (La Gloire de Dieu, la Colère de Dieu) ©Michelle Beaulieu Morgan

L’exposition, Obsessions Matérielles, est la première que Michelle organise, et elle se sent quelque peu vulnérable par rapport aux réactions du public.
Et on la comprend. Cette spécialiste de l’accessibilité digitale est aussi une ancienne alcoolique qui a utilisé l’art de la broderie pour en finir avec ses démons. « Lorsque j’ai découvert la broderie, je suis enfin entrée dans une vraie période de guérison pour la première fois de ma vie ».

Michelle a commencé à broder il y a 4 ans après avoir reçu un kit au point de croix pour Noël. Elle était familière de plusieurs techniques de bricolage comme le papier coupé, le collage, etc. Mais avant d’arriver à Yale, elle avait vendu tout son matériel pensant qu’elle n’aurait pas le temps de continuer à créer alors qu’elle préparait son doctorat en Études Américaines.
Ce choix a eu un prix assez lourd. Elle s’est très vite retrouvée anxieuse et déprimée. « Si je ne crée pas, je ne suis pas heureuse. Je pense sincèrement que j’ai pu réussi à terminer ma dissertation parce que j’ai pu retrouver du temps pour créer de nouveau. »

Futile Pursuits (Quêtes vaines) ©Michelle Beaulieu Morgan
Fragments from a honeymoon (Fragments d’une lune de miel) ©Michelle Beaulieu Morgan

Elle apprécie son kit au point de croix mais se tourne très vite vers la broderie à main levée, qui ne demande pas de suivre un dessin. « Ce type de broderie est complètement libre, vous n’avez pas à compter ou à garder en tête les points déjà réalisés. »

Peu de temps après, Michelle ouvre un compte sur Instagram où elle partage ses réalisations quotidiennes. Rapidement elle compte plus de 5 000 followers, qui passent à 20 000 quand elle leur demande des suggestions pour de grands modèles. « C’était fantastique de recevoir 365 propositions du monde entier ! Ce projet m’a obligé à garder un espace de création dans ma vie, quoi que je fasse, parce que toutes les années où je ne l’ai pas fait ont été destructives. »

Quatre mois après avoir commencé à broder, Michelle arrête de boire. «Quand j’avais 20 ans, je savais que j’avais un problème. Des deux côtés de ma famille, il y avait des alcooliques.» Pendant ses premières années à l’université, boire faisait partie de la vie sociale, mais l’alcool lui permettait aussi de calmer son anxiété et de se sentir moins déprimée. «Je suis la première de ma famille à avoir été à l’université, je n’avais aucun modèle, je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait d’aller à l’uni, encore moins une uni comme Yale !»

Mama, here comes Midnight with the dead moon in its jaw (Maman, Minuit arrive avec la lune morte dans ses mâchoires) ©Michelle Beaulieu Morgan

Grâce à une amie Michelle décide d’arrêter de boire : «Être ouverte sur le problème, le partager, m’a permis de commencer à guérir. Je savais que si je n’arrêtais pas, je ne pourrais pas terminer mon doctorat.»

La broderie va la soutenir, comme une bouée. Ses œuvres portent sur « la célébration des excès ». La broderie lui donne des gestes à la fois répétitifs et compulsifs qui focalisent son attention loin de la bouteille et des autres actions autodestructrices. Elle passe environ 20h par semaine à broder.
Elle travaille aujourd’hui à une broderie qui récapitule sa relation à l’alcool, depuis sa naissance jusqu’à sa délivrance.

My Guardian Angel (Mon ange gardien) ©Michelle Beaulieu Morgan

Elle souhaite aussi pouvoir aborder d’autres sujets qui lui tiennent à cœur comme le féminisme ou l’homosexualité. Elle a aussi créé une broderie pour illustrer l’album du chanteur Keb’Mo’, ainsi que plusieurs de ses produits dérivés. Elle vend ses œuvres à ses fans via Instagram.

Opia ©Michelle Beaulieu Morgan

Michelle dit de cette exposition : « C’est très important pour moi que les gens réalisent que vous pouvez à la fois avoir des problèmes mentaux mais aussi réussi professionnellement et socialement. J’ai souvent souffert du syndrome de l’imposteur, que ce soit comme étudiante à Yale ou comme artiste. Mais cet endroit est aussi le lieu où j’ai reçu le plus de soutien : ici les gens sont généreux, sympas et incroyables ; ils m’ont permis de faire ce que je voulais faire !»

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Article original 
Son compte Instagram 

Queer Landscape 19 (Paysage étrange 19) ©Michelle Beaulieu Morgan

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