Pièces d’estomac brodées

09/09/2019

Au 18ème siècle, après le très long règne de Louis XIV et ses règles strictes concernant la mode féminine, les robes en France s’élargissent, s’assouplissent. Elles sont plus souvent drapées (robes volantes), ornées de nombreux plis (on dit d’ailleurs qu’elles permettaient ainsi de cacher les grossesses indésirables…). Les autres pays européens suivent le mouvement.

Ici, je vous présente quelques exemples du MET (New York), provenant de plusieurs pays d’Europe.

Robe à la Française 1750 © MET-C.I.65.13.1a-c
Angleterre, 1720 © MET-2009.300.2196

La piece ci-dessus est unique : elle a été brodée de motifs floraux anglais, typiques du début du 18ème siècle. Alors que les pièce d’estomac étaient souvent échangées, le fait que la dentelle soit intacte après 300 ans d’existence rend cette œuvre unique dans son intégrité.

Peu à peu, les plis du devant se font de plus en plus rares, la robe s’ouvre et une nouvelle pièce vient s’ajouter : la pièce d’estomac. Ce très joli nom (certainement dérivé de l’anglais stomacher), désigne un tissu brodé, recouvrant une forme plus ou moins dure qui permet de cacher les éléments de montage de la robe (baleines, corsets, etc.). Cette pièce est indépendante de la robe, à laquelle elle peut être attachée par des rubans ou des aiguilles. Elle est en forme de triangle inversé dont la pointe repose souvent sur le devant de la robe. On pouvait ainsi créer de nouvelles robes en changeant juste la pièce d’estomac.
Cette forme en pointe permet aux jupes de prendre de l’ampleur tout en gardant une taille fine (du moins visuellement…).

France, 1750 © MET-C.I.65.13.1a-c
Angleterre, 1725-50 © MET-2009.300.4073
France, 1740 © MET-1995.235a,b

La noblesse et la haute bourgeoisie sont friands de broderie de grande qualité et profitent de ce nouvel élément vestimentaire pour créer des œuvres ravissantes. Des dessinateurs spécialisés et des brodeurs sont aussi souvent « à la solde » du roi ou employés exclusivement par une grande maison. L’un de ces artisans, Charles Germain de Saint-Aubin (1720-1786) publie son fameux livre L’art du Brodeur en 1770. Il devient la principale source d’information sur la broderie du 18ème siècle. On y trouve une brève histoire de la broderie, l’explication d’une grande variété de techniques, des dessins d’outils. En parallèle les éditeurs publient des livres de modèles pour les amateurs, comme les livres de Johann Friedrich Netto publiés en Allemagne.

La pièce d’estomac est réalisée en cousant plusieurs tissus les uns sur les autres. Cela offre la possibilité, par exemple, de créer des volumes : une couture type boutis peut ensuite entre remplie par une cordelette depuis l’arrière du tissu brodé. Selon le dessin brodé et le tissu du devant, les points peuvent être brodés uniquement sur le tissu final ou sur une ou deux épaisseurs (soie et lin par exemple) pour assurer la stabilité des motifs sur la pièce d’estomac.

La délicatesse de la broderie ainsi que son réalisme sont typiques de cette époque. L’œil est frappé par le fort contraste existant entre les lourds fils métalliques de l’arabesque théâtrale et le réalisme des fleurs de soie : l’oiseau perché sur la volute faisant le lien entre les deux.  

Angleterre, 1750-59 © MET-2009.300.2210
France, 1700-50 © MET-C.I.58.29
Italie, 18ème siècle © MET-C.I.46.44
Allemagne, 1700-25 © MET-17.19.1

Sources :
https://www.metmuseum.org/toah/hd/txt_e/hd_txt_e.htm

Melinda Watt / Department of European Sculpture and Decorative Arts, The Metropolitan Museum of Art
Jessica Glasscock / The Costume Institute, The Metropolitan Museum of Art

Gail March – 18th Century Embroidery Techniques, 2006

Partager