Anne Bernasconi – la couleur avant tout

21/10/2019

Aux origines
Je suis née dans le Sud. C’est là que j’ai grandi et j’y ai passé la plus grande partie de ma vie. La garrigue, le soleil, la mer ont été mon berceau. Je ne sais pas si cela a influencé mon travail, mais c’est le seul cocon où je me sente bien…

Mère à l’Enfant ©Anne Bernasconi
(De haut en bas) La Frida / Eve / Drôle d’oiseau / Regarder au loin / Rêver / Partir Revenir / Ex-voto à Frida ©Anne Bernasconi
Frida / Regarder au loin / Rêver ©Anne Bernasconi

La maladie
Parler de mon travail sans parler de ma maladie c’est passer à côté du pourquoi de la broderie. En 2012, on m’a diagnostiqué une maladie neurologique dégénérative. Depuis j’ai appris à vivre différemment et mon travail lui aussi a dû s’adapter…

Visage bleu ©Anne Bernasconi

La broderie
Très vite après le diagnostic de ma maladie mon état c’est aggravé, m’obligeant petit à petit à abandonner les crayons et les pinceaux. À partir de ce moment-là j’ai décidé de me laisser aller en création, de ne plus m’interdire certaines choses… Peinture, collage, assemblage, 2D, 3D, broderie… Pendant longtemps, je m’étais interdis la broderie, pensant ne pas être faite pour ça. Sans doute à l’époque je ne savais pas comment utiliser ces fils de couleurs et ces points, pour les faire miens et les transformer en travail artistique. Après le diagnostic, j’ai acheté des fils, du tissu et je me suis lancée… C’était en 2013. J’ai ressenti à ce moment un grand soulagement. Assise à tirer mes fils je pouvais créer et m’isoler, me détacher du reste…

Protéger ©Anne Bernasconi
Ex-voto à Frida ©Anne Bernasconi

J’ai appris à broder en regardant des images (j’ai beaucoup de mal avec les explications écrites) et des tutos filmés (je coupe le son des vidéos et me concentre sur le geste). Je suppose que si mon arrière-grand-mère m’avait appris à broder, elle m’aurait montré… C’est comme cela que j’apprends. J’adore toutes les techniques de broderie, du Moyen-Age à nos jours, du Sud au Nord, d’Ouest en Est ! Il y a à l’heure actuelle une vague d’artistes en tout genre, mais il y a deux artistes dont j’aime le travail, tant au niveau du détail que de la couleur : Chiachio & Giannone.
Je ne suis pas trop influencée, le plus important pour moi c’est la couleur, depuis très jeune déjà. Il y a plus de trente ans, j’ai rejoins une école des beaux-arts. Je pensais me lancer dans la sculpture, mais c’est finalement le monde de la couleur qui a gagné. Je n’ai jamais terminé mon cursus et j’ai posé mes crayons et pinceaux pendant des années. Puis en 2009 j’ai repris mes couleurs et j’ai publié depuis quelques livres d’illustrations (Editions Apeiron).

La broderie est un médium comme un autre mais il est plus facile à mettre en œuvre que la peinture pour moi. Je pense avoir trouvé la même liberté de création dans la broderie que me le permettait la peinture. J’ai appris à dessiner autrement pour pouvoir continuer à travailler dans ma bulle de couleur.

Je brode tous les jours, au bureau pour des finitions, perlage, couture. Et dans l’après-midi jusqu’au soir devant mon tambour. En général je dessine directement sur le tissu, puis je me laisse guider par mes envies, l’humeur du jour. Je ne sais jamais ce que je vais faire, ou à quoi cela ressemblera une fois terminé. Les points s‘enchainent, se superposent et forment le dessin; il lui arrive de prendre du volume de lui-même, sinon je le crée. Je pense que mon envie de volume est liée à mon parcours artistique, cette voie que je n’ai pas choisie il y a quelques années et que je redécouvre. J’utilise le plus souvent du coton perlé n°8 qui me permet de travailler plus facilement qu’avec un mouliné. J’utilise des fils plus fins pour des pièces de très petites tailles (ce sont là les limites imposées par mon handicap).

La sirène aux yeux bleus ©Anne Bernasconi

Votre atelier
Plutôt une brocante où je passe beaucoup de temps à chercher ce dont j’ai besoin (sourire), mais aussi un labo où, oui, tout ou presque est possible. J’amoncelle depuis toujours des objets, tissus, papiers chinés, trouvés… Les perles côtoient les vieux tissus, les photos oubliées se parents de fils de couleurs…

Vos thèmes
Je crois que l’essentiel de mon travail a toujours été tourné vers l’humain, sa représentation, les émotions aussi. Bien sûr le thème s’est étoffé avec l’apparition de la maladie. Mes premières peintures étaient des buveurs et leurs âmes tourmentées. J’aborde souvent la maternité en créant des mères à l’enfant, j’adore l’art sacré.

Vierge Noire ©Anne Bernasconi

Retrouvez Anne Bernasconi sur son site et sur Instagram

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