Cécile Davidovici – la broderie pour raconter avec les mains

21/10/2020

Rencontre avec Cécile Davidovici, une jeune femme qui a saisi (pour ne pas dire empoigné !) la broderie comme principal médium créatif. Les jeunes artistes et la broderie, une nouvelle histoire de l’art se met en place.

Interview par Claire de Pourtalès

Portrait de l’artiste © Cécile Davidovici
Francesca – détail / Série « La saison des feux » en collaboration avec David Ctiborsky © Cécile Davidovici

Racontez-nous votre histoire avec la broderie : comment s’est passée la rencontre ?
Je viens du cinéma. J’ai toujours aimé raconter des histoires avec des images. J’ai démarré la broderie un peu par hasard. Un passe-temps. Puis plus j’en faisais, plus j’avais envie d’en faire. Je crois que j’étais en cruel manque de pouvoir toucher ce que je racontais avec mes mains. Construire quelque chose de tangible.
Après ça, tout est allé assez vite, c’est devenu évident.

Quels sont les paysages qui vous habitent? Ont-ils un rôle dans votre art ?
J’aime surtout les corps et ce qu’ils peuvent raconter en une image. En ce moment j’ai une nouvelle obsession avec la peau qui m’a longtemps fait peur. Les visages peuvent vite devenir monstrueux avec cette technique. Ça n’en est que plus intéressant pour moi. Ça me passionne d’essayer de recréer la texture de la peau et ses milliers de couleurs.

Quelles sont vos influences – tant au niveau des thèmes que des courants artistiques ou des artistes eux-mêmes ?
Lorsque j’ai démarré avec ce medium, j’avais du mal à trouver des artistes auxquels m’identifier. Puis j’ai découvert le travail de Sophia Narrett, une artiste américaine incroyable qui créé des tableaux dans un univers hyper personnel et techniquement bluffant. Elle m’a permis de croire davantage à ce medium, de me lâcher et de tenter des choses.

La dormeuse / fil de coton sur toile de lin – basé sur une photographie de Charlotte Abramow © Cécile Davidovici
27.8.1994, 11.07  / Série <<1988 – fil de coton sur toile de lin © Cécile Davidovici
Série inspirée de films VHS réalisés pendant son enfance.

Brodez-vous chaque jour ? Comment travaillez-vous ?
Il m’arrive de passer quelques jours sans broder et le manque se fait ressentir très vite. Dès que je m’y remets je me rends compte à quel point ça m’avait manqué. C’est ma médiation en quelque sorte. La répétition du geste, la patience, l’abnégation qu’il faut pour passer autant de temps sur une œuvre me sont devenus indispensables au quotidien.
Je travaille en silence, en musique ou en écoutant des podcasts, tout dépend de mon humeur. En ce moment j’écoute le podcast «Femmes d’art» qui parle des femmes qui font le monde de l’art. Je le recommande vivement.

Vous avez une broderie sur le métier ou plusieurs ?
Ça dépend des périodes. En ce moment j’en ai 2 importantes sur le feu. Après, dès que j’ai une idée plus « facile » que je veux expérimenter et qui me prendra moins de temps, je n’hésite pas. J’aime bien prendre le temps de faire respirer les travaux, ça permet d’avoir plus de recul.

Vous brodez surtout au point arrière. Pourquoi juste ce point ?
J’ai appris énormément de points différents lorsque j’ai démarré. Je les ai tous oubliés depuis. Effectivement je n’utilise qu’un point. La façon dont je brode n’est pas classique donc les points classiques ne me correspondent pas trop. J’y viendrais peut-être à un moment mais pour l’instant, pour ce que je fais, cette technique me va très bien.

Ophélia / fil de coton sur toile de lin© Cécile Davidovici
Ailleurs / Série de technique mixte © Cécile Davidovici
Série de technique mixte © Cécile Davidovici

Comment se déroule votre processus de création ? Idées, émotions, mise en route ?
Comme tout le monde je présume, il y a des périodes avec et des périodes sans. J’ai des phases où j’ai pleins d’idées en même temps, où j’ai envie de tout tester et d’autres où je déteste toute nouvelle idée. En général j’aime bien tester et essayer d’aller au bout d’une idée pour voir si elle vaut quelque chose. L’inconvénient bien sûr, c’est que ça prend beaucoup de temps, mais ça fait aussi partie du processus créatif. Pour lancer la machine, je me rends compte que j’aime bien discuter de mes idées, échanger avec mon amoureux notamment. Créativement nous sommes vraiment en phase. Ce qui nous a d’ailleurs amené à collaborer ensemble.

27.8.1989, 2.37 / Série <<1988 – fil de coton sur toile de lin © Cécile Davidovici
Série inspirée de films VHS réalisés pendant son enfance.

La broderie est un art lent : avez-vous d’autres idées qui viennent pendant un travail ? Comment les gérez-vous ?
Je les note et j’essaie de ne pas démarrer trop de nouveaux projets en même temps. Ce n’est pas toujours facile.

Comment choisissez-vous vos supports, vos fils ?
Pour chaque nouveau projet, je remets en question le support mais je travaille quand même principalement avec de la toile de lin assez épaisse. J’aime la chaleur qu’elle dégage au toucher et son aspect brut. Pour les fils, j’utilise surtout la gamme DMC. Il y a énormément de coloris. Quand j’ai démarré, je me demandais qui utilisait autant de couleurs et maintenant je trouve qu’il n’y en a pas assez !!!

Francesca / Série « La saison des feux » en collaboration avec David Ctiborsky © Cécile Davidovici
Scarlett / Série « Night Owls » © Cécile Davidovici
Erika / Série « Night Owls » © Cécile Davidovici

Comment voyez-vous l’avenir de la broderie ?
D’un point de vue artisanal, je vois de plus en plus de personnes qui s’y mettent et qui y trouvent un réel plaisir. En revanche du point de vue artistique, je crois qu’il y a encore un peu de boulot à faire. Je lutte toujours avec la manière dont les gens perçoivent la broderie. Beaucoup l’associent à une activité de mamies du dimanche. Des femmes. Et donc pas toujours prises au sérieux. Il faut que les choses continuent à bouger, et j’espère que de ma petite place, j’y contribuerai.

Website de Cécile https://www.ceciledavidovici.com/index.html

29.6.1997, 3:44 / Série <<1988 – fil de coton sur lin © Cécile Davidovici

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