Les coiffes bigoudènes – confection

26/05/2020

En Bretagne, une brodeuse a repris les anciennes techniques pour réaliser les superbes coiffes traditionnelles blanches et légères. Dans un premier article, elle nous racontait son parcours. Ici, elle nous décrit les étapes pour broder et confectionner une coiffe. Bienvenue en pays Bigouden!

Texte et photos (© protégées) de Nadine Chaminand

Recherches des motifs
Bien entendu, j’ai commencé par copier les coiffes de mes grands-mères. Puis, toujours à la recherche de nouveaux modèles, j’ai fait du collectage autour de moi (des photocopies de coiffes), et j’ai fait du repérage au Musée Bigouden.

Lacets sur tulle de 3 cm de large qui accompagnent une petite coiffe sur tulle – époque 1900

Autrefois, les brodeuses repéraient les plus belles coiffes (en se plaçant derrière elles à la messe par exemple), mémorisaient les motifs qui leur plaisaient et les recopiaient en rentrant chez elles, tout en changeant un petit quelque chose ou en y ajoutant d’autres motifs. Aujourd’hui, je fais la même chose, mais avec les moyens modernes dont on dispose. Et puis, à force d’en faire, j’ai fini par m’imprégner des motifs qui correspondaient à chaque époque, et je mixe différents motifs qui me plaisent. J’essaie aussi d’y apporter ma touche personnelle tout en respectant la tradition (motifs floraux disposés selon certaines règles).

Copie d’une coiffe des années 1930, brodée sur organdi suisse

Comment je brode et confectionne les coiffes
Je brode toujours sur coton, car les coiffes se lavent et doivent être bouillies. Selon la période de la coiffe, je travaille sur batiste (de 1890 à 1920), sur linon (années 1920), sur tulle (époques de 1890 à 1930 environ), ou sur organdi Suisse (coiffes dites de dernière mode : les plus hautes).
J’utilise aussi bien entendu du coton : coton à broder DMC n° 12, 16, 20, 25, 30 et 35, et cordonnet spécial n° 100, 50 et 30. Plus la coiffe est haute, plus les fils sont gros, afin que l’amidon puisse s’accrocher sur de la matière.

La technique de broderie de coiffes, tout au moins pour celles de la dernière mode, est assez proche de celle de la broderie Richelieu. Voici comment je procède.

Travail en cours sur baptiste de coton / On voit ici très bien les points d’ancrage pour tenir les 3 épaisseurs, et le travail de l’aiguille qui glisse sur le papier pour broder le tissu.

1 – Après avoir marqué le milieu vertical de ma feuille de calque, je dessine une demi-coiffe, ainsi que les motifs centraux. Je reporte le côté que j’ai dessiné en miroir de l’autre côté. Il est important que les motifs soient parfaitement symétriques, sinon la coiffe – une fois terminée – pourrait paraître de travers sur la tête.

2 – Je fais une photocopie de mon calque et je la pose sur un support en toile cirée ou papier peint type vinyle (autrefois, les brodeuses utilisaient souvent les morceaux de cirés usagés des marins pêcheurs, ou plusieurs épaisseurs de papier. Je pose le tulle ou l’organdi sur le papier. Les trois épaisseurs sont bâties ensemble au fil à coudre, avec une multitude de points avant, afin que le tissu ne glisse pas. Le support doit avoir de la tenue, mais permettre de rouler le travail dans la main.

3 – Je commence la broderie (en prenant uniquement le tissu) et je suis mes motifs par transparence. Je passe un fil de traçage (coton à broder) au point avant sur tous les contours des motifs, mais en prenant très peu de tissu. En effet, laisser au maximum ce fil de traçage en surface permet de donner du relief au point de bourdon au moment des finitions. Après le traçage, j’utilise du cordonnet spécial pour réaliser toutes les araignées, les barrettes, les œillets bigoudens, etc…. qui viennent s’accrocher dans le fil de traçage. Puis vient le point de bourdon (ou feston sur la bordure de la base de la coiffe) pour toutes les finitions.

4 – Lorsque la broderie est terminée, je détache le tissu de son support, et sur l’envers, je procède au découpage de toutes les surfaces qui doivent être ajourées. La transparence du tissu permet (en principe…) de ne pas couper de patte d’araignée.

5 – La coiffe sera ensuite montée sur une petite bande de coton d’environ 40 cm sur 2 ou 3 cm, plissée très serré, de façon à la ramener à 6 cm sur 2 ou 3 cm. C’est ce qui donnera sa forme arrondie à la coiffe.

6 – Pour terminer, la coiffe est blanchie et amidonnée, grâce à un mélange d’amidon cru et d’amidon cuit (amidon de blé, amidon de riz, paraffine, cire d’abeille, eau et bleu à linge).

Merci Nadine pour ce magnifique témoignage!


Détail d’une grande coiffe de 30 cm brodée sur organdi suisse

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