Collette Kinley – Une approche naturelle

06/09/2020

Rencontre avec une artiste modeste, passionnée, amoureuse de la nature
Interview de Claire de Pourtalès

Toutes les photos sont protégées par copyright ©Collette Kinley – Merci de ne pas les télécharger sans son accord.

Collette dans son atelier ©Collette Kinley

Je m’appelle Collette Kinley, ou Sewn By Collette Kinley (Cousu par CK). J’ai 43 ans. Je suis une artiste autodidacte sur tissu. Je suis aussi un membre de SEW (voir notre article ici), une association qui travaille à faire reconnaitre l’art brodé et l’art textile comme une vraie forme d’art. Je suis originaire de Norwich, une magnifique ville, pleine d’histoire, où j’ai vécu jusqu’à 20 ans. Norwich a su préserver son histoire, ses petites rues tortueuses où l’on trouve des magasins indépendants uniques.

Juste à côté, nous avons les magnifiques rivages du Norfolk. C’est là que j’ai passé des week-ends entiers en tant qu’enfant. Le son des vagues venant s’écraser sur le rivage, l’air au goût salé, le sable qui change sans cesse de dessin, les immenses ciels si expressifs du Norfolk, ce sont des souvenirs qui resteront gravés en moi. Cette vie dehors, au milieu de ce paysage si rude et si beau a vraiment forgé en moi un goût pour la vie à l’air libre et tout ce que la nature peut nous offrir. C’était la fondation de mon intérêt toujours présent pour le monde naturel, qui est aujourd’hui au cœur de mon art.

©Collette Kinley
Première broderie réalisée à 14 ans ©Collette Kinley

Ma toute première tentative en broderie a été lors d’un cours d’art au secondaire, quand j’avais 14 ans. Je dessinais beaucoup au crayon papier et aux crayons de couleurs, mais je n’avais jamais vraiment été un peintre. Pour ce cours je devais montrer mes capacités à utiliser une variété de médias. J’ai toujours eu un goût pour les travaux manuels. Quand mes amies achetaient des magazines pour filles, moi j’achetais les derniers numéros sur le thème de l’artisanat. Ma première broderie, je l’ai dessinée moi-même. C’était un jardin plein de couleurs. J’ai appris les points dans un livre, au fur et à mesure de mes besoins. C’est là que j’ai fait un point de nœud pour la première fois. Puis, je n’ai plus touché à une aiguille pendant les 20 années qui ont suivi.

Mon parcours avec la broderie a vraiment changé il y a environ 8 ans, quand j’ai commencé à dessiner et coudre les vêtements de ma dernière fille. Très vite je me suis retrouvée à les vendre en ligne et sur les foires.
Deux ans plus tard, alors que je commençais à me sentir de plus en plus limitée dans ma créativité, j’ai compris que mon premier amour, le dessin, me manquait. Je suis tombée sur le livre de Poppy Treffy sur la broderie en piqué libre. Cela a ouvert un tout nouvel horizon à explorer. Ma curiosité s’est emballée et ce livre a été le premier d’une bibliothèque toujours plus grande sur la couture et la broderie. C’était le début de l’aventure que je vis aujourd’hui.

©Collette Kinley
©Collette Kinley

J’ai commencé par faire de petites maisons un peu mièvres, en appliqué. Ceci m’a conduit à broder des “portraits de maisons » pour répondre à une demande grandissante. Pendant que j’exécutais mes commandes, j’en profitais aussi pour expérimenter de nouvelles choses avec les tissus. Peu à peu je me suis retrouvée à travailler sur des sujets naturels, tel que les oiseaux, les insectes et les poissons. Ce nouveau thème a modifié ma technique. J’ai commencé à utiliser ma machine comme un crayon. Ce passage au dessin à l’aiguille a été le pivot qui m’a fait découvrir le médium qui me correspondait pour exprimer ma passion pour la nature.

Aujourd’hui je vis dans la campagne du Cambridgeshire. Mon studio est mon sanctuaire, un lieu de solitude. Quand j’en ferme la porte, je laisse tout dehors pour me focaliser sur mon travail artistique. C’est une petite pièce, chaleureuse et agréable, aux tons doux, qui laisse largement la lumière du jour entrer. Les étagères croulent sous les choses qui m’inspirent. Des livres anciens sur la couture, des livres d’histoire naturelle, des objets collectionnés au fil des ans. J’ai des nids abandonnés, des brindilles couvertes de lichen orange vif, des plumes, des cailloux et des coquillages aux structures et textures variées. J’essaie d’observer les choses qui sont généralement ignorées par les gens. Je souhaite les montrer à mon audience. Je souhaite transmettre un plus grand amour pour la beauté de la nature, et ainsi augmenter la prise de conscience pour la lutte contre le changement climatique.

Depuis environ 2 ans je broder à la main. Avec les années j’apprécie cette lenteur. La broderie au piqué libre peut aller très vite, mais la broderie à la main me donne le temps de travailler plus instinctivement.

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Allotment a bird’ eye view / Jardins ouvriers vus du ciel ©Collette Kinley

Ma dernière pièce, Allotment a bird’ eye view (Jardins ouvriers vus du ciel) était une idée que j’avais avec moi depuis très longtemps. Je me souviens être assise en voiture à un rond-point à Norwich. A ma gauche il y avait une série de jardins ouvriers : j’étais fascinée. Ils avaient une organisation à la fois esthétique et pratique, tout en étant aussi très désordonnés. J’ai été happée par cette juxtaposition. A l’époque je travaillais sur une autre œuvre, un scarabée, et je me suis sentie de plus en plus agitée par ce travail. Généralement, j’ai besoin de terminer une œuvre avant de passer à la suivante. C’était donc tout à fait étrange pour moi. Broder ces jardins a été une complète évidence. C’était facile, comme organique. J’étais totalement immergée dans ce travail. J’ai utilisé 9 points différents pour créer une variété de formes et de textures. Je n’avais jamais fait de point de poste ou de point triangulaire turc, mais j’ai appris ces techniques au fur et à mesure de mes besoins. C’est bien ainsi que j’ai toujours travaillé, c’est mon processus à moi. Cela me permet d’évoluer et de construire mon répertoire de broderie et de techniques sur tissu.
J’ai commencé à poster des photos de mon travail en cours sur mes réseaux sociaux. J’avais un peu peur car c’était assez différents de mes œuvres habituelles. Ce post est devenu viral, vu plus d’un demi-million de fois, attirant plus de 35 000 likes. Cette pièce avait une vraie résonance sur les gens. Peut-être parce qu’elle nous montrait la liberté que nous avions avant la pandémie, dont nous étions si habitués. Le confinement nous fait d’autant plus apprécier notre espace naturel, le chant des oiseaux.

Une personne bien sympa, sur Twitter, m’a suggérée de présenter mon œuvre au concours de Saatchi-Gallery Textile Takeover. Pour la rendre à l’heure, j’ai dû broder comme une folle! J’ai été complètement soufflée d’avoir gagné, je n’arrivais pas à le croire. Ils ont à la fois reconnu la broderie comme un médium artistique au même rang que les autres, et ils ont aussi reconnu la validité de mon travail. Cette double reconnaissance par Saatchi Gallery a provoqué une émotion fantastique. J’avais eu un peu la même réaction quand j’avais été sélectionnée par SEW.

©Collette Kinley
©Collette Kinley

Mon aventure artistique m’a appris à continuer à faire ce qu’on aime, à se laisser une porte au changement quand il semble harmonieux avec soi-même, et, le plus important, à faire ce qui a de la valeur à nos yeux, pas ce que nous croyons être important aux yeux des autres.

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