Diana Yevtuhk – La broderie des arbres

18/02/2020

Des broderies sortant des arbres, voilà de quoi retenir mon attention. Rencontre avec Diana Yevtuhk (par Claire de Pourtalès)

J’habite à Lviv en Ukraine. J’ai 24 ans et j’ai un diplôme sur la Protection de l’environnement et l’Usage Rationnel des ressources naturelles (Université de Lviv).
A côté de ça, je suis très intéressée par la photo et le dessin, ainsi que toutes autres techniques favorisant mon expression créative, notamment la broderie. Mais la seule « formation » que j’aie suivie est avec un groupe de photographes amateurs à 13 ans, avec un petit appareil digital.
En 2018, j’ai réalisé ma première broderie. C’était une abeille sur le dos d’une veste en jeans. J’ai aimé le rythme lent et la paix de l’esprit que ce travail m’a apporté – je suis tombée tout de suite amoureuse de ce processus et j’ai commencé à l’intégrer dans mes recherches artistiques quotidiennes.

Multitudes of life hidden in the plain sight / détail – Une multitude de vies cachées mais visibles © Diana Yevtuhk

Je marche beaucoup, j’aime observer la nature dans ses détails, découvrir ses beautés cachées. Pendant l’hiver 2018, je me suis sentie interpellée par les espaces vides au cœur des troncs des arbres que je côtoyais tous les jours. Je les voyais comme des cicatrices puis peu à peu comme des espaces à remplir. Pendant des mois je me suis laissée interpelée par ces formes, ce qu’elles me disaient.

J’ai senti que quelque chose manquait, qui avait pourtant sa place déjà préparée. J’ai pris les mesures de ces trous et j’ai imaginé des dessins. Je reste ouverte le plus possible à ce qui peut venir, à laisser mon imagination et ma créativité dépasser les contraintes physiques du monde.

Multitudes of life hidden in the plain sight – Une multitude de vies cachées mais visibles © Diana Yevtuhk

Chaque broderie s’incruste parfaitement dans les trous pour lesquels elles ont été conçues. Les dimensions sont si précises que je n’ai pas eu besoin de colle pour les faire tenir. La structure de l’écorce permet de faire glisser les bords dessous. C’est aussi un art éphémère, je ne peux empêcher qu’elles soient volées. J’imagine qu’elles sont restées là deux ou trois jours tout au plus ! J’ai essayé d’imaginer une semaine d’exposition, mais le challenge est trop complexe !

La broderie et la peinture sont deux médiums qui permettent de jouer avec les couleurs. Mais la broderie est limitée dans le choix de ses teintes. Si vous avez besoin d’une nuance unique, vous devez peindre les fils vous-même. Et c’est exactement ce que je suis en train d’apprendre : je veux pouvoir teindre moi-même les fils de mes broderies.
La broderie me permet aussi de créer des volumes et offre plus de possibilités créatives mais elle prend aussi beaucoup plus de temps que la peinture !
Je ne me considère pas liée à un médium particulier. J’aime les mélanger, explorer ce que chacun peut offrir. J’aime la sculpture, la céramique, le verre et les vitraux, le travail du bois et du métal tout autant que la broderie et la peinture.

Stitch by stitch, cracked and forgotten wall blossoms with a new life / détails – Point par point, le mur fissuré et oublié renait à la vie © Diana Yevtuhk

Mes broderies insérées dans les arbres sont une histoire entre la Nature et moi. Quand je passais devant ces troncs à l’apparence meurtrie, je sentais comme un regard vers moi, et comme si ce regard venait de l’âme même de l’arbre. C’était une sensation très particulière et j’ai commencé à l’exprimer par mes fils. Je pense que l’œuvre « Multitudes of life hidden in the plain sight” (Une multitude de vies cachées mais visibles) est l’expression physique de l’âme de l’arbre – pour nous apprendre que les arbres sont vivants et bien plus proches de nous que leur apparence ne le laisse penser.

Dans un second temps j’ai mis des fleurs. Le printemps arrivait et m’inspirait, toute cette vie qui renaissait me donnait des idées d’autres incarnations de l’âme de l’arbre. Ces fleurs étaient à la recherche des premiers rayons de soleil, d’où le nom des deux œuvres suivantes (La vie surgie de cachettes mystérieuses / Point par point, le mur fissuré et oublié renait à la vie).

Stitch by stitch, cracked and forgotten wall blossoms with a new life – Point par point, le mur fissuré et oublié renait à la vie © Diana Yevtuhk

Avec l’approche de l’été, je me sentais de plus en plus médusée par le silence sonore et la beauté stoïque des arbres meurtris autour de moi. Je pensais de plus en plus à la question de la violence, celle que nous subissons, celle que subit la nature et toutes les créatures vivantes. Visiblement tout être vivant souffre. Où souffrons-nous ? Dans le cœur, dans l’âme ? C’est ainsi qu’un cœur est venu incarner l’âme dans ma dernière œuvre de cette série, Soigner le cœur blessé de la nature. Notre pouvoir, à nous Humains, est de soigner les blessures et d’aimer la vie autour de nous. Cette broderie est un appel à guérir et à bannir toute violence.

Remedying the wounded heart of nature / Soigner le coeur blessé de la Nature © Diana Yevtuhk
Remedying the wounded heart of nature / Détail –  Soigner le coeur blessé de la Nature © Diana Yevtuhk

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