Estampille – Une artiste brodeuse de paille

11/10/2020

La paille – elle a si peu de valeur que « mettre quelqu’un sur la paille » c’est le ruiner, que dire « c’est une paille », signifie que ce n’est rien. Et pourtant ! Toutes les céréales produisent une longue tige, la paille, mais c’est surtout la tige du seigle qui offre des possibilités étonnantes. Utilisée depuis toujours pour créer des sièges, des parois légères, elle est aujourd’hui transformée en or par les mains de Clémence Bourneuf.

Interview par Claire de Pourtalès

Travail en cours © Estampille
Préparations © Estampille

Clémence vient d’un petit village au nom bien médiéval : Malicorne. Situé dans la Sarthe, à quelques kilomètres du Mans, c’est une commune labélisée «Ville et métiers d’art». Depuis plus de 300 ans, grâce à une terre bien spéciale, Malicorne est associé à la faïence de haute qualité, notamment pour ses jours (dentelle de pierre).

Après une première école de mode qui ne lui donne pas satisfaction (« travail trop cérébral »), Clémence suit un cursus de broderie au Lycée Jamain. Elle apprend aussi quelques bases après d’une ancienne responsable de l’atelier Lesage qui passe sa retraite dans ce petit village décidément très dynamique.

Pour terminer sa formation, elle doit monter un projet créatif. Avec son Grand-père elle crée une machine pour transformer des fils métallisés en cannetille. C’est bien la matière et sa transformation qui passionne la jeune fille. Pendant les 2 années qui suivent elle monte ainsi son projet, Estampille. Deux années de « pataugeoire » pour apprendre à créer une entreprise, un site, mettre en place des réseaux, rencontrer des personnes qui peuvent l’aider. Estampille prend deux directions. L’une est de créer des bijoux qui permettent à l’artiste de vivre de son travail, l’autre est de participer à des créations d’ameublement, de décors, etc.

Sautoir feuille Ginkgo © Estampille
Paille de seigle © Estampille

Au cœur d’Estampille, comme son nom de l’indique pas, c’est la paille. La paille de seigle est à la fois souple et résistante, très uniforme, et d’une chaude couleur or brillante. Sa composition est si régulière qu’il est facile de glisser un ongle pour ouvrir le tube sur toute sa longueur, nettement. Ce sont toutes ces qualités que Clémence valorise à travers son art.

Décor de paille brodé © Estampille

Déjà au 17ème siècle, les brodeurs remplaçaient les précieux fils d’or par de la paille pour réaliser certaines œuvres. Clémence l’associe à une grande variété de points et de fils, imagine des motifs délicats, des dessins entre le tressage, la broderie sur canvas, l’ajourage. Ces bijoux comme ses œuvres sont des réalisations raffinées, fines, subtiles.
Elle travaille avec un fournisseur qui peut teindre la paille en plus de 40 couleurs. Elle aime jouer avec cette matière, expérimenter les associations. « La paille de seigle est mon amie ! »

Sur le métier © Estampille
Décor de paille et fils variés © Estampille

Aujourd’hui elle se tourne de plus en plus vers une broderie d’art, associée au mobilier sur-mesure, aux décors uniques. Un des derniers panneaux réalisés lui a demandé 6 mois de travail. A chaque nouvelle rencontre avec un artisan et sa technique, Clémence imagine des associations de matières.
Selon les projets, elle commence par poser ses idées sur un dessin. Elle imagine les échantillons nécessaires, tente des prototypes. « C’est un faisant que je découvre ». Elle passe ainsi souvent ces échantillons dans l’eau pour en voir la solidité… et doit parfois imaginer autre chose quand les fibres ne sont pas aussi unies que prévu !

Quand je lui demande comment une aussi jeune femme peut être à la tête de sa propre société dans un univers artistique très chronophage, elle me dit que d’une part son ami est féru d’informatique et a pu l’aider à monter son site (mais il lui a fallu 8 mois de courage pour aller jusqu’au bout !), et son père, restaurateur, lui enseigne l’art du marketing, des rencontres importantes, du réseautage professionnel. « Je dois me forcer pour être une bonne vendeuse ! » Certes, l’artiste peut se sentir frustrée d’être loin de son atelier, mais elle reconnait que ces rencontres sont enrichissantes et créatives.

Manchettes © Estampille
Clémence Bourneuf © Estampille

L’étape suivante est d’avoir un atelier plus grand pour former une ou deux stagiaires. Elle prépare son dossier pour être labélisée « Atelier d’art de France », ce qui lui permettrait d’être bien référencée et de recevoir une aide pour participer aux salons professionnels. « Mais c’est avant tout un gage de qualité ».

Décor © Estampille

Cet univers a ceci de particulier qu’elle ne peut souvent pas parler de ce qu’elle fait, des projets qu’elle réalise pour des clients. Elle qui a choisi le nom d’Estampille n’a même pas sa marque sur ses œuvres. Mais son travail est si unique qu’il porte intrinsèquement de toutes façons le nom de Clémence Bourneuf / Estampille.

Son site https://estampille-shop.com/
Son compte Instagram https://www.instagram.com/clemencebnf/

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante ! Merci! Claire

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