Guo Pei – une fée brodeuse à la créativité fabuleuse

29/04/2020

Guo Pei illumine le monde de la Haute Couture de ses oeuvres brodées fantastiques. Elle a eu la gentillesse de répondre à quelques unes de mes questions – Merci!

Toutes les photos proviennent de l’Atelier de Guo Pei et sont protégées par le Copyright. Merci.

Guo Pei nait en 1967 et montre très tôt un grand talent artistique. En 1986 elle passe son diplôme à la Beijing School of Industrial Fashion Design. Elle gagne de nombreux prix pour son travail et est nommée l’un des cinq plus grands designers de Chine par le magazine japonais Asahi.
Elle fonde son Rose Studio en 1997 pour former une nouvelle génération de brodeurs se basant sur les techniques ancestrales chinoises tout en les ouvrant à l’avenir avec son incroyable créativité.

Depuis 2006, elle participe aux grandes semaines de la mode et à chaque fois ses créations sont une révélation. Elle ouvre un salon à Paris en 2015.

Dans un monde où le changement est essentiel, où la vitesse est une partie intégrante de la création, Guo Pei dénote. Ces robes, ses œuvres demandent des milliers d’heures de travail aux brodeurs qui les exécutent. Il faut parfois deux à trois ans pour qu’une œuvre imaginée par l’artiste voit enfin le jour.

Rencontre avec une artiste de l’extraordinaire –

Quelle est votre histoire avec la broderie ?
C’est ma grand-mère qui m’a élevé. Elle était née sous la dernière dynastie, les Qing (1644-1912) et ne cessait de me raconter comment, de son temps, on brodait des fleurs et des papillons sur les tissus. Je n’arrivais pas à y croire, je n’arrivais pas à imaginer cet art. Mais ma grand-mère m’en parlait tant et tant que, même sans avoir jamais brodé moi-même, je savais que c’était une technique essentielle pour exprimer la beauté.
En 1997, quand j’ai créé mon entreprise, j’ai commencé à m’intéresser à la broderie. A l’époque il n’était question que de jeans et de lunettes de soleil, de tissus unis ou imprimés sur lesquels la broderie apparaissait très peu. J’ai trouvé une pièce de broderie traditionnelle et j’ai eu envie de l’utiliser dans mes créations de mode et de design.

Je suis en fait assez traditionnelle et j’aime mieux regarder vers le passé pour trouver mon inspiration. J’adore visiter les musées. A Paris, Singapour ou en Suisse, il existe de très nombreux musées sur les arts traditionnels. J’y passe beaucoup de temps, observant ces pièces attentivement, surtout ce qui ne se voit normalement pas (le dos par exemple).

Quelles sont les techniques, le matériel que vous utilisez ?
Toutes – celles de Chine comme d’ailleurs. Je suis curieuse et j’aime mélanger les techniques, les anciennes aux nouvelles et même en créer d’autres. L’important c’est de pouvoir exprimer quelque chose, une émotion, un thème.

J’aime travailler avec de belles matières. Je commande mes tissus dans les meilleures fabriques, comme Jakob Schlaepfer, qui ont souvent une longue histoire. Pour ma collection Légende, j’ai utilisé tout le stock de fil d’or qui restait dans une petite boutique du Marché de Saint-Ouen, tenu par une dame de plus de 60 ans. Son père avait ouvert la boutique et travaillait avec le monde de la haute-couture. Les fils n’étaient plus produits et j’ai trouvé intéressant, symbolique même, d’utiliser les dernières bobines pour cette collection pour qu’ils entrent eux aussi dans la Légende. Pour ma collection East Palace, j’ai utilisé les tissus de Tamiya Raden, une boutique japonaise qui existe depuis 2 générations et qui fournit les plus beaux tissus de kimonos au Japon.

Un jour j’ai vu un uniforme du temps de Napoléon, orné de magnifiques motifs brodés de fils d’or. J’étais touchée par le soin qu’avaient pris les couturiers pour créer ce vêtement alors même qu’il allait être porté sur un champ de bataille. Ce respect de la vie m’a inspiré Dajin (Or Magnifique). J’ai recherché ce type de fil dans le monde entier et j’ai fini par trouver un fil enroulé autour d’un cœur vide. Mais on ne pouvait pas le faire passer à travers le tissu, il fallait le coucher. Nous avons mis en place une technique spéciale pour coucher le fil et créer des motifs en relief. L’œuvre ressemble au soleil brillant de mille feux – exactement ce que je voulais pour exprimer l’éternité.

Après quoi j’ai créé Xiao Jin (Petit Or) avec des fils d’or aussi fin que des cheveux. Mais ces fils sont si fragiles qu’il fallait sans cesse enfiler de nouvelles aiguilles. Chaque fil pouvait servir pour 6 à 7 points seulement ! Notre patience a été mise à rude épreuve ! Mais cette expérience nous a servi à inventer une méthode unique pour créer des dessins avec ce genre de fil.

Parlez-nous du Rose Studio
J’aime la beauté éternelle des roses ! En choisissant ce nom, j’ai eu l’espoir que mes créations le deviennent aussi.

En fait il y a plusieurs équipes au Studio – les brodeurs, les décorateurs, les dessinateurs, etc. Il y a environ 500 personnes qui y travaillent, soit à Beijing, soit dans les ateliers autour de la ville.

C’est avant tout un atelier mais nous avons développé une collaboration avec la Beijing Industry and Trade Technician College. Nous leur offrons des professeurs mais aussi des stages ou même des places de travail.

Depuis l’ouverture du Studio, je constate que le nombre de gens, d’étudiants intéressés par la broderie ne fait que grandir. Il y a aussi de plus en plus d’écoles ou d’institutions en lien avec cet art. La broderie fait partie de l’héritage intangible de notre culture et en ce sens elle commence à recevoir aussi beaucoup d’attention. Pour moi, ces réactions sont indispensables car la broderie est une part magnifique de la culture traditionnelle Chinoise. En plus du support officiel, je trouve qu’il est essentiel que les designers ouvrent de nouvelles voies pour faire connaitre cet art, qu’ils utilisent la tradition dans de nouveaux contextes.

Je terminerai cette interview avec cette phrase de Wendi Murdoch, dans le Times, en 2016 : « L’influence de Guo dans la mode et la culture est énorme, brisant les barrières entre Est et Ouest. Peu importe d’où vous venez, vous ressentez une émotion devant ses œuvres. C’est le rôle même de l’art : nous toucher.”

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante! Merci! Claire

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