Hémiole – la broderie du Moyen-Age retrouvée

03/06/2020

Bénédicte Meffre (Hémiole) est passionnée de broderie historique et partage ses recherches, ses expérimentations sur un blog très intéressant (voir ci-dessous).
Rencontre hors du temps…

Interview : Claire de Pourtalès

Photos : © Bénédicte Meffre

Saint-Sylvain © Bénédicte Meffre
Renard, 13ème siècle © Bénédicte Meffre

D’où êtes-vous ? Quels paysages vous ont-ils vu grandir ? Quelles influences sur votre travail ?
Je suis originaire du sud de la France. Mais de mon enfance, beaucoup de voyages, de visites de musées ont probablement façonné un certain regard sur le patrimoine.

La rencontre avec la broderie – où, quand, comment, avec qui ? Quelles techniques, quelles premières impressions ?
Lorsque j’étais étudiante, je ne sais pour quelle raison ma mère m’a envoyé du matériel de broderie et j’ai essayé un peu au hasard. J’ai vite été limitée techniquement et j’ai couru m’acheter des livres pour apprendre.
C’était vraiment des moments de calme que je m’accordais. Les premières impressions sont celles-là : faire baisser la tension. S’isoler du tumulte.

Pouvez-vous nous racontez votre parcours ?
J’ai commencé la reconstitution historique comme loisir au début des années 2000. Très vite, la broderie, s’est imposée comme le thème que j’avais envie d’approfondir.
C’est ainsi que j’ai commencé à travailler sur la reconstitution d’un atelier de brodeurs au moyen-âge.
A la faveur d’un déménagement et d’un changement de vie, 10 ans plus tard, je fondais mon entreprise de création de costumes historiques, en proposant des accessoires brodés.
Depuis quelques années, j’essaie de créer plus de contenu de médiation autour de la broderie historique.

Quelle(s) formation(s) avez-vous ?
Après une autre vie, je me suis auto-formée sur le costume, la broderie, l’histoire. Essentiellement par des livres. Mais aussi au contact de personnes pendant toutes ces années à pratiquer la reconstitution historique.

Même quand on est autodidacte, on ne se forme pas réellement tout seul. J’ai eu la chance de faire partie de plusieurs associations (Fief et chevalerie ; Historia Aquitanorum) avec des personnes qui m’ont beaucoup appris et encouragé dans mes recherches, avec beaucoup d’émulations.
J’ai également travaillé avec des historiens qui m’ont poussé pour améliorer considérablement ma démarche et ainsi pouvoir proposer un travail toujours plus qualitatif.

Dragon © Bénédicte Meffre

Avez-vous une préférence pour une époque en broderie ?
Plusieurs ! J’aime beaucoup la broderie un peu naïve, les choses qui semblent un peu maladroites.
Sur la période médiévale, j’aime beaucoup le foisonnement entre les 12e et 14e siècles. Dans les 16e et 17e siècles, il y a aussi beaucoup de styles intéressants.

Vos matières, tissus, fils, outils : comment les choisissez-vous ?
C’est un jeu constant d’équilibriste.
Concernant les tissus et les fils, j’essaie de travailler avec des matières qui sont cohérentes avec l’époque dont je m’inspire : la composition, le type de tissage, de filage. Ce n’est bien sûr pas toujours possible et le but est de s’approcher au plus près de ce que l’on connait.
Pour les couleurs, je sélectionne des couleurs proches de celles qui étaient obtenues grâce aux techniques de l’époque.
Tout ceci demande de ne pas seulement s’intéresser au résultat (le costume, la broderie) mais également à toutes les techniques qui sont liées. C’est une partie du travail que je trouve passionnante !

En ce qui concerne les outils, bien sûr pour mes démonstrations, j’ai des outils reconstitués par des artisans spécialisés. Ceci à partir d’objets de fouilles archéologiques ou de représentations sur des peintures ou des sculptures.

Dans les faits, beaucoup d’outils ont peu changé depuis le moyen-âge et dans le secret de mon atelier, je travaille avec des outils modernes (aiguilles, ciseaux, métiers).

Outils © Bénédicte Meffre
Fleur Renaissance © Bénédicte Meffre

Travaillez-vous avec des tisserands, des teinturiers spécifiques ?
Lorsque le projet s’y prête, j’essaie de travailler avec une amie teinturière professionnelle (l’Atelier de Micky) qui propose des fils (et des tissus sur commande) teintés naturellement. Elle a une excellente connaissance des techniques anciennes (médiévales notamment). Ça permet de proposer des reconstitutions les plus réalistes possibles.
Et on a beau rationaliser les choses dans tous les sens, les teintures naturelles ont un « je ne sais quoi » qui donne un supplément d’âme.

Quels sont les buts derrière votre travail, votre blog, vos recherches ?
A l’origine, mon blog me servait essentiellement à tenir un journal de mes recherches pour la reconstitution, à tout mettre au propre, garder une trace.

Avec le temps, j’ai commencé à faire de la médiation historique, que ce soit par le biais d’animations, de conférences et d’articles de presse ou de livres. Toujours autour du costume, de la broderie ou des textiles en général. Le blog fait partie de ce travail de médiation.

J’essaie alors de transmettre des connaissances historiques, techniques mais également de parler de la société, des femmes et des hommes derrière.

Guimpe brodée de soie, 16ème siècle © Bénédicte Meffre

Avez-vous un projet de publication ?
Lorsque j’ai sorti mes premiers kits d’initiation à la broderie médiévale, on m’a demandé d’en créer aux points comptés. J’ai donc cherché à approfondir la question. J’ai pu me rendre compte que c’est beaucoup plus varié que l’image qu’on en a.
J’ai entamé la rédaction d’une série d’articles sur ces broderies à points comptés de l’époque médiévale.
Je propose de décrire ces styles de broderie à partir de l’observation de pièces historiques.
Le premier article de la série était sur la broderie à dominante blanche, la suite portera sur les broderies polychromes et les broderies à grilles.

Quelle réponse avez-vous du public ? Est-ce toujours un public spécialisé ?
C’est très variable. Les gens qui suivent mon blog actuellement sont essentiellement des personnes qui pratiquent la reconstitution historique comme loisir. Pareil lorsque j’écris pour les revues spécialisées.

Opus Anglicanum © Bénédicte Meffre

Mais faisant de la médiation dans d’autres contextes, je rencontre un autre public. Évidemment le propos n’est pas toujours aussi poussé que dans mes articles où j’ai le temps de détailler les sources et de développer ma démarche.

Comme j’essaie de ne pas me limiter à l’aspect purement technique mais d’évoquer la société, le quotidien, ça amène souvent à des échanges intéressants, y compris avec un public qui n’avait pas d’intérêt spécifique pour la broderie (ou les autres sujets que j’évoque également).

 

Au final, quelle est votre activité préférée ?
Je prends beaucoup de plaisir dans toutes les différentes facettes de mon activité, la recherche m’enthousiasme évidemment, mais par exemple en ce moment, je suis réellement passionnée par la création de projets pédagogiques qui ont une réelle cohérence et qui me permettent d’amener les gens à la découverte de la broderie médiévale.
C’est aussi toute la beauté de travailler en lien avec la reconstitution historique, d’un côté la stimulation intellectuelle de la recherche et de l’autre, la création.

Blog http://hemiole.com/reconstitution/index.php/
Site Hémiole et le Chas http://www.hemiole.com/
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Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante! Merci! Claire

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