Intemporel – La richesse de la broderie pour orner notre quotidien

13/09/2020

Intemporel – Une artiste qui se réinvente sans cesse
Interview de Claire de Pourtalès

Toutes les photos sont protégées par copyright ©Intemporel – Merci de ne pas les télécharger sans son accord.

Marie-José en stage chez Céline Lepage ©Céline Lepage

En broderie, comme en peinture, on aime catégoriser. Il y a certes des techniques qui demandent des années d’apprentissage et il peut être difficile d’avoir le temps pour en connaitre d’autres. Mais maîtriser plusieurs techniques et avoir le goût de l’expérimentation, ce n’est pas donné à tout le monde.

Ma rencontre avec Marie-José est une ouverture à jouer avec la broderie sous toutes ces formes, techniques, couleurs, lumières. L’artiste recherche, tente, joue, défait (beaucoup !), reprend, imagine, mélange.

Inspiration japonaise, d’après Yumiko Higushi / broderie sur suédine ©Intemporel
Sac aux rinceaux élisabéthains / Broderie sur velours ©Intemporel

Ancienne enseignante ayant beaucoup vécu à l’étranger, Marie-José se passionne pour la peinture, la couleur, les motifs décoratifs, la broderie et la photographie. Elle suit un premier cours assez libre où chaque brodeuse apporte son travail sous la direction d’une enseignante. Elle s’inspire des motifs et techniques anglo-saxons piochés dans le magazine Broderie Inspiration : crewel, stumpwork, broderie en relief… Elle a récemment fait un stage de Lunéville avec Céline Lepage (bien connue de nos lecteurs) et poursuivra l’année avec un stage Glazig avec Monik Paugham.

La découverte de Canalblog, de Pinterest et d’Instagram va radicalement changer ses sources d’inspiration. Elle suit ainsi Carolina Gana Pepper pour ses mélanges de tissus, perles, paillettes, points ; Gipsy quilt, pour apprendre les points d’ornementation des quilteuses. Yumiko Higushi la séduit par sa simplicité efficace, mais elle aime aussi l’exubérance des broderies crewel, glazig ou hongroise. En peinture à l’aiguille, Marie-José ne connait qu’un maître : Trish Burr avec, en particulier son livre sur les rapports des couleurs entre elles Colour confidence in Embroidery. Elle suit volontiers Nicola Jarvis qui sait moderniser la broderie crewel, tout comme Pascal Jaouen qu’elle admire pour avoir remis le glazig en lumière. Elle retrouve même dans certains motifs une ressemblance avec des masques africains.

Une autre source sont les musées qui présentent les costumes d’autrefois et leur grande richesse de décors. Enfin, elle s’inspire aussi de la peinture et de la mosaïque.

Boîte Marlène, peinture à l’aiguille / d’après Trish Burr ©Intemporel
Motif emprunté à une mosaïque ©Intemporel

Cette large palette d’influences n’étonne pas quand on sait que Marie-José ne refait jamais deux fois la même chose. Elle passe d’une technique à l’autre, d’un ensemble de couleurs à l’autre, change de support et de type de motifs (naturels, géométriques, abstraits…). « La broderie est une sorte de méditation, l’esprit divague pendant que les doigts s’agitent sous le contrôle de l’œil. Et s’il y a une dissonance de couleur ou d’effet, je défais et recommence ! »
Elle brode parfois de petits motifs dans des gammes ou techniques particulières. Précieusement conservés dans une boîte, ils serviront plus tard pour inspirer une nouvelle création.

Le processus de Marie-José commence par un dessin à main levé directement sur le tissu, à l’endroit ou à l’envers. Parfois elle découpe une photo et la recompose en posant les éléments autrement ; ou bien elle prépare des gabarits pour ses appliqués dans du plastique pour vérifier les proportions de ses éléments. Ce qu’il lui faut : « de la nouveauté, que cela me plaise, que cela me permette d’apprendre quelque chose, que cela élargisse ma gamme de couleurs. »

Sac en velours avec appliqués de broderies sur coton et de passementerie ©Intemporel
Sac / Broderie sur lin, inspirée d’une tunique ancienne ©Intemporel

Ses techniques préférées sont la peinture à l’aiguille, le glazig, la broderie traditionnelle, le crochet de Lunéville, les appliqués. Elle aime mélanger les fils (coton, soie, fibres brillantes…), ajouter des perles ou des sequins par ici, une ganse par là. Toujours de manière équilibrée. Chaque objet se termine par une signature au dos, un pompon perlé sur la fermeture ou des perles brodées.
Les matières sont primordiales et vont souvent décider de l’objet final : la fragilité des éléments en reliefs (stumpwork) ne convient pas à un sac du quotidien mais ira très bien pour un sac du soir.
Après avoir brodé avec du lin, de la suédine, du velours, du feutre, Marie-José découvre le jean. Cela lui permet d’élargir singulièrement son champ d’action.

Elle se procure ses fils chez Au fil d’Emma ou aux Broderies de Sophie (qui lui fait découvrir d’autres fibres en déposant quelques échantillons dans ses commandes). Elle aime la variété de tons de DMC et les soies de Stef Francis.

Comment créez-vous ?
Créer se fait dans la douleur. Tout d’abord, je dois toujours avoir une broderie en cours sinon, je me sens mal ! Mais il peut se passer un certain temps entre la fin de la broderie et son montage. Cette broderie en cours peut être un exercice, la mise en application d’une technique récemment acquise ou qui a besoin d’être entretenue. En fait c’est un peu faire des gammes en attendant que l’idée germe. Et lorsque la réalisation me convient même si ce n’était qu’un exercice, je l’utilise pour un objet plus petit en attendant qu’une idée plus personnelle et plus ambitieuse surgisse. Mais si je pense que ce motif risque d’être gaspillé par une réalisation trop ordinaire, j’attends alors ce que je pense être la bonne idée !

Sac au motif hongrois / Broderie sur jean ©Intemporel
Sac en feutre, appliqués de feuilles de feutrine rebrodée, avec ajout de perles et paillettes ©Intemporel

Un motif 18ème sur un étui à mouchoirs…Pourquoi pas ? Peut-être comme un petit clin d’œil le motif sera divisé et brodé à distance (partie A à droite et partie B à gauche).  Il faut par ailleurs que le dessin soit en relation avec la matière que je vais broder (même si je n’utilise pas toutes les caractéristiques de la technique choisie) et avec la taille de l’objet final : glazig sur du lin au lieu de drap de laine, crewel avec du coton au lieu de laine. Si je n’ai pas choisi ma palette de couleurs au départ, je tâtonne et redéfais beaucoup jusqu’à trouver l’harmonie !

Pourquoi des sacs et des pochettes ?
Ce sont des surfaces suffisantes pour s’exprimer et faire des expériences tout en évitant le côté nécessairement privé et figé d’un tableau, ou de nappes qu’on empile et qui ne servent plus assez aujourd’hui. … C’est aussi une manière de s’exprimer publiquement en laissant l’autre libre de voir ou pas et d’accompagner son quotidien d’objets uniques ; je ne refais pas deux fois les mêmes motifs ou bien j’y inclus des variantes. Étant plus brodeuse que couturière, je privilégie des formes simples.
Certains motifs ne se prêtent pas toujours aux sacs ou aux pochettes en particulier la broderie hongroise. Dans ce cas il m’est arrivé de broder ces motifs pour en faire des couvre-grille-pain, ou de machines à coudre ! Le côté usage quotidien me ravit.
Ne pas se lasser est important et un travail d’envergure limitée est plus accessible. Après avoir inondé mes proches de mes créations j’ai souhaité en exposer (bien que la Covid ait porté un coup d’arrêt à un événement auquel j’avais prévu de participer) et en vendre pour pouvoir continuer à broder et il est certain qu’un travail trop ambitieux serait vite hors de portée.
J’apprécie qu’on me suggère un sujet tout en me laissant libre de son exécution. En fait mon but n’est pas de vivre de mes créations mais de progresser et en créant, de me surprendre.

Sac au motif d’inspiration glazig, brodé sur jean ©Intemporel

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante ! Merci! Claire

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