Julie Sarloutte – la broderie en liberté

20/05/2020

Le monde de la broderie est comme celui de la peinture ou de tout art dit « majeur »: il n’y a pas de limite à sa variété. Voici aujourd’hui le portrait de Julie Sarloutte, une jeune brodeuse au langage aussi imagé que ses oeuvres et qui a de grandes chances de faire sortir la broderie de son cadre artisanal.
Toutes les photos sont protégées par le Copyright ©Julie Sarloutte. Merci

Interview de Claire de Pourtalès

Vous êtes diplômée des Beaux-Arts, tomber en amour d’une technique inhabituelle, ce n’était pas trop difficile?
Non pas du tout, ça a plutôt été limpide justement, comme une évidence. Le plus dur ça a été de lâcher le point de croix et les barrières dans ma tête et de me dire : « J’ai le droit de tirer des grands fils?! et de les coudre les uns sur les autres?! » A partir de ce moment là c’est devenu l’éclate.

On my own, 2014 – Peinture à l’aiguille, 19 x 27 cm © Julie Sarloutte

Sur quelles matières travaillez-vous?
J’ai déjà travaillé sur du cuir (je me suis fait plusieurs blousons d’ailleurs), j’ai aussi fait des oeuvres sur de la soie peinte… et maintenant je prends un peu tout ce qui me tombe sous la main du moment que la toile me plait. Je ne me mets plus de barrière, les dernières broderies sont d’ailleurs sur toile de coton peinte à l’encre 🙂

There is no other way, 2017 – Peinture à l’aiguille, 80 cm © Julie Sarloutte
Pour l’honneur – En toute inutilité © Julie Sarloutte

Avez-vous l’impression d’être entendue? Devez-vous « expliquer » vos oeuvres, ou sentez-vous qu’elles touchent directement le public?
Pas forcément toujours… il y en a encore qui me disent “ Très beau travail d’artisanat”. Mais non, ce n’est pas de l’artisanat, c’est de l’art. Je ne comprends pas pourquoi c’est si dur du fait que ça soit de la broderie, de ne pas voir ça comme de l’art … Pourtant je leur mâche un peu le travail en les montrant sur des châssis comme un tableau.

Après ce que j’aime (et que j’essaie de faire) c’est de rassembler différentes populations. La population qui ont l’habitude d’aller dans les musées, qui est sensible à l’art et la population qui ne se sent pas à l’aise avec ça parce qu’elle se sent larguée (ce qui est mon cas). Alors en choisissant de montrer des portraits de personnages de pop culture, j’ai l’espoir qu’ils les reconnaissent et se sentent plus admis et légitimes dans les musées.

Est-ce qu’il y a une oeuvre qui a une importance particulière pour vous?
J’en ai beaucoup… Mon barbier Pour l’honneur. En toute inutilité parce que c’est celle qui a fait mon premier buzz sur internet. Mon Witcher A mon signal déchaine les enfers parce que c’est ma plus grande broderie. Le portrait de Torben Liebrecht (Altered carbon ) Annulez la guerre, parce que je l’ai rencontré à Vancouver avec Chris Conner et Lela Loren, et plein d’autres broderies…

A mon signal déchaine les enfers © Julie Sarloutte

Pouvez-vous vivre de votre art? Recevez-vous des commissions?
Le milieu de l’Art est très dur au niveau des ventes, parfois je peux, d’autres fois je suis obligée de prendre un travail alimentaire. En ce moment c’est le cas, mais je me débrouille pour ne pas faire de temps plein, pour me réserver du temps pour les broderies. Depuis quelques temps, je prends des commandes d’après photo, justement pour essayer d’en vivre. Et c’est toujours drôle de voir les réactions des gens quand la toile est fini et qu’ils reconnaissent les personnes représentées. C’est très gratifiant.

Take it, peinture à l’aiguille, 2018, 30 cm de diamètre © Julie Sarloutte

Pouvez-vous nous donner quelques anecdotes, ou des histoires liées votre art qui vous ont touchées?
A cause de la broderie, il y a quelques années je me suis fait une contracture musculaire et des torticolis à répétition… et même au plus mal j’avais envie de broder ha ha, comme une droguée… Depuis j’ai du mal à dormir sur le ventre et je dois faire de la natation. La broderie finalement c’est physique!
Sinon un super souvenir c’était l’année dernière. Je faisais une résidence artistique à Vancouver au Canada. C’est une ville où on tourne beaucoup de films, de séries,…Je suis une grande fan d’Altered Carbon (une série sur Netflix). J’avais réalisé un portrait de Poe (Chris Conner) l’année d’avant et vu qu’ils tournaient la saison 2 durant ma résidence, j’ai décidé de contacter Chris pour la lui donner. Un jour je décide de faire une balade sur Granville Island, je me pose avec un café et un croissant sur un banc. Et je me fait attaquer par une mouette qui voulait me voler ma pâtisserie. Je change de banc. Et là, Chris s’assoit à côté de moi. Je rencontre aussi sa femme, Erin Way, qui est actrice. Un couple trop sympa et accueillant. Je me retrouve le weekend d’après à faire un barbecue avec eux et deux autres acteurs de la série et un producteur! Merci la mouette!

Khador 01 © Julie Sarloutte

Retrouvez Julie à la Galerie AIAP et chez Chromosome A.
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Expositions à venir à la fin de 2020.

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