Karine Dorval – Le goût de la broderie et du défi

11/05/2020

L’École Pascal Jaouen est une pépinière de talents. Après Yann Lagoutte, MOF Beauvais en 2011, c’est au tour de Karine Dorval d’être nommée Meilleure Ouvrière de France au point de Beauvais en 2015.
Entretien avec une artiste modeste et talentueuse !

Interview de Claire de Pourtalès

En démonstration

Racontez-nous votre rencontre avec la broderie
Avant mes 23 ans je n’avais jamais vraiment fait de travaux d’aiguille, mais j’ai toujours aimé les perles. À Quimper il y avait un petit magasin de perles où j’allais régulièrement et je faisais des colliers à toutes les filles de ma famille. Mon plaisir était de mélanger et de trier les perles.
Je fais partie du milieu breton et depuis l’âge de 7 ans j’ai rejoint un cercle de danse « Eostiged ar Stangala”.
J’étais en admiration devant une danseuse du cercle qui avait réalisé son propre costume perlé. C’est elle qui m’a donné ma première leçon de broderie, à 10 ans (j’ai d’ailleurs toujours cette pièce dans mes archives).


Boutons brodés

Mon autre plaisir ce sont les fleurs. A 8 ans, j’ai accompagné ma grand-mère paternelle à un cours d’art floral : je voulais en faire mon métier.
J’ai commencé par un BTS comptabilité en me disant que cela me servirait pour n’importe quel métier. Pendant mon BTS j’ai découvert la broderie avec Pascal Jaouen, une révélation.
J’ai commencé la broderie tout simplement car je voulais être utile à mon cercle de danse d’une autre façon que la danse.
J’ai pris l’aiguille, j’ai laissé l’art floral de côté et après 5 ans de comptabilité dans une entreprise, Pascal m’a proposé un poste d’enseignante en broderie. Tout le monde m’a pris pour une folle quand j’ai démissionné. Mais avec mes parents nous avons sabré le champagne.

Motif réalisé avec Pierrette Martin
Coquelicot

Et la broderie devient une profession
Quand j’ai commencé, mes amis m’ont dit “Tu as retrouvé le sourire, on voit bien que ton travail te plait beaucoup”.
J’ai trouvé un équilibre entre les cours et le magasin car je m’occupe des achats des matières et des kits que nous faisons. Mon BTS n’est pas inutile.

Avec l’école de broderie j’ai découvert plein de techniques différentes. Les premières années on apprend et puis on se spécialise selon ses préférences.
Moi c’est le Glazig car c’est mon pays… et je suis un peu chauvine. Mais aussi le crochet. Pourquoi plus le Beauvais que le Lunéville ou la broderie haute couture ? Je crois que c’est la sobriété du point et le plaisir du bruit du crochet qui traverse un tissu bien tendu. Mais c’est aussi mon goût pour les couleurs. J’aime choisir mes couleurs (j’y passe du temps). Enfin, c’est le défi du mouvement : comment donner vie à une fleur avec toujours le même fil, le même point mais en jouant sur le sens ?


Café

Le concours de MOF – pourquoi ? comment ?
Je crois que quand on apprend avec une meilleure ouvrière de France (Pierrette Martin) c’est difficile de faire autrement. Elle a su nous (Yann Lagoutte et moi) transmettre sa passion. Et puis j’avais promis à une amie de passer le concours. Et peut-être aussi que j’avais besoin de cette reconnaissance du milieu professionnel car je suis surtout autodidacte. Je me considère d’ailleurs toujours en apprentissage pour le point de Beauvais. Ma difficulté c’est le dessin, cela ne me vient pas facilement. En Beauvais j’aime le travail des fleurs (mon autre plaisir).

Centre de l’étole © Bernard Galéron

Le concours c’est deux ans de notre vie. Après la création, la réalisation prend tout notre temps libre : plus de sortie, on voit moins la famille, on bosse.
Après avoir donné sa pièce on se sent seul et désœuvré et on attend. J’ai réaménagé mon appartement pour m’occuper. Je n’y croyais plus quand les résultats sont arrivés.
Mes pièces de concours (il y a 4 pièces – une étole, un étui pour téléphone portable, un étui à lunettes et une pochette de soirée le tout sur le thème de l’Art Nouveau) sont chez moi, rangés avec mes affaires de broderie. Mais un photographe professionnel m’a fait une superbe photo de ces 4 pièces et celle-ci est bien en valeur dans mon salon.

Centre de l’étole, détail © Bernard Galéron

Quelles sont vos influences, les artistes que vous admirez ?
Mik Jegou est un peintre breton que je connais depuis presque 40 ans (nous dansions dans le même groupe). Il y a une belle collaboration possible entre le travail de peinture et celui de broderie. J’ai travaillé le Glazig et le Beauvais avec lui.

J’aime l’Art Nouveau, un mouvement que j’ai découvert avec le concours.
Un artiste breton que j’aime beaucoup est Micheau Vernez.

Une anecdote ?
Plutôt une fierté personnelle : mon frère m’a demandé de broder son gilet de marié !

Sur les marches de l’Elysée

Gilet du marié
Broderie seule, avant peinture
Broderie et peinture, en collaboration avec Mik Jégou

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