Léa Coutureau – matières à broder

01/06/2021

Bouillonnante d’idées, Léa Coutureau est une jeune brodeuse passionnée par tout. La broderie se modernisme furieusement!

Photos – © Léa Coutureau – photos protégées par copyright – merci
Interview – Claire de Pourtalès


Bleu paradoxe. Pose à l’aiguille et au crochet de perles, tubes, micro-perles et micro-tubes © Léa Coutureau
Monogramme Léa Coutureau. Passés plat biais de fils de lin, coton et lurex, couchure dorée © Léa Coutureau
Sensations en pagaille, détail. Pose de paillettes, broderie métallique, applications diverses et incrustations © Léa Coutureau

Au début

La création, Léa est un peu tombée dedans toute petite. Littérature, cinéma, musées, musique, dessin, ses parents l’entourent d’un univers riche et varié. Avec sa grand-mère, elle apprend aussi le tricot et le crochet. Ses jouets ne sont jamais suffisants – elle doit pouvoir « créer des choses ».
Avec son père elle découvre le cinéma de Hitchcock, Kubrick, la Nouvelle Vague et s’intéresse à la photographie. Elle dessine aussi des vêtements.

Broderie d’un gilet de style 18ème siècle. Broderie à l’aiguille à la soie d’Alger © Léa Coutureau

La révélation

Quand il faut choisir une orientation, c’est facilement qu’elle se tourne vers un bac STI Arts appliqués, dans l’idée de « devenir styliste ou quelque chose de ce genre ».
« Pendant ces trois ans intensifs d’arts appliqués, j’ai eu l’occasion de faire beaucoup de dessin, de croquis, et de photographie. J’ai continué aussi la musique et j’ai regardé de plus en plus de films avec mon père. J’ai continué le tricot et la couture avec ma grand-mère. Puis, un jour, un de nos professeurs nous a montré un documentaire de Loïc Prigent, il me semble que c’était sur Dior. J’ai vu les brodeuses et leurs gestes et j’ai eu comme une révélation ! Je savais que c’était ce que je voulais faire et que je ne m’en lasserais jamais. Et, quand j’ai une idée en tête, je ne la lâche pas aisément… Ce fut vraiment une révélation, car, malgré le fait que je sois créative, je n’avais pas de talent particulier en dessin. En revanche j’adorais manipuler la couleur et la matière. En fait, j’ai appris juste après que mon arrière-grand-mère (son prénom est mon 2ème prénom), était brodeuse pour l’Église. Elle brodait des nappes d’autels etc… Comme quoi, il semblerait que ce soit dans les gènes ! »

Flore nitescente, détail. Pose de cannetille sur bourrage, pose de perles et cabochons et de jaseron © Léa Coutureau
Estampe, détail. Peinture sur soie rebrodée de rayonne, fil de coton et micro-perles © Léa Coutureau

Formation

Après le bac, Léa s’inscrit à diverses formations : BMA, DMA, licence professionnelle en design de produits. « Anxieuse et nerveuse, je suis incapable de vivre en ville. J’ai besoin du calme de la campagne ». Elle s’installe dans les Landes pour pouvoir terminer sa licence. « Avec peu de possibilités de travailler en broderie dans ce coin » elle passe des journées difficiles. Puis elle trouve un contrat en sous-traitance pour Chanel à Bordeaux avec Capucine Herveau. Il fallait se mettre à son compte, nouvelle étape que franchie Léa. Elle y rencontre des personnes qui lui rendent sa foi en sa passion.
Elle continue ensuite avec de petits boulots pour enfin terminer sa licence.
Léa est une hyperactive au « cerveau bouillonnant d’idées ». Impossible pour elle de travailler pour une Maison toute l’année – elle a besoin de créer, de s’exprimer. Elle se résout alors à ne pas pouvoir vivre de sa passion uniquement, le prix à payer pour vivre dans un environnement reposant.
Elle lance cependant des projets de collaboration, crée des bijoux et des accessoires, s’informe sur les marchés, les salons, les boutiques qui pourraient l’accueillir. Elle fait partie d’une association d’artistes avec laquelle elle peut participer à des expositions.

Tout est source de créativité, quelques fleurs sauvages qui poussent dans un coin, une œuvre baroque, un livre, un film : « Pour moi, tout est sujet à créer et tout matériau peut être valorisé. » Elle est particulièrement sensible à l’œuvre de la designer néerlandaise Hella Jongerius pour sa « maîtrise de la couleur et de la matière ». Elle aime les clair-obscur de Rembrandt, les coloris de Vermeer, les contrastes de Chagall. L’impressionnisme aussi, et l’esthétique Japonaise et Chinoise (des estampes aux films – « J’ai été époustouflée par les films In the Mood for love et 2046 »). Elle a un « amour fou pour le film Lost in Translation, qui tente de dépeindre la culture japonaise dans une ambiance calme et mélancolique qui me touche beaucoup. »

Plumes de Pénélope, boucles d’oreilles. Fil scoubidou, soie et peinture dorée © Léa Coutureau
Bracelet réalisé sur mesure. Fil d’or gold filled 14K re-brodé de soie au point riche et agrémenté de micro-perles et cabochons de jais © Léa Coutureau
Chaise Némalion / Chaise entièrement repensée, brodée et re-tapissée. Applications à l’aiguille de fils, perles et bandes de tissus teints © Léa Coutureau
Ecales, détail. Tissu teint main brodé de cannetille, de fils, de rubans, de perles et micro-perles © Léa Coutureau

Son processus créatif se poursuit ensuite par « analogies visuelles, lexicales et fonctionnelles. » Elle réfléchit aux matières et aux techniques et après un très rapide tour par le dessin, elle passe à la broderie, « je laisse mon instinct broder comme ça vient ».  Elle attache aussi beaucoup d’importance aux mots. Sa formation lui a enseigné que les « mots font résonner un univers. » Elle choisit donc avec soin les titres de ses œuvres. « En général, avec le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), je recherche la lexicographie et la synonymie pour que mes titres soient pertinents par leur sens mais aussi pour qu’ils sonnent bien à l’oreille ! Je crois en une forme globale de l’art et de la création, où tout s’articule pour créer un univers riche et passionnant. »

La passion pour la photo lui permet de mettre ses œuvres en image, la macro est d’ailleurs « parfaite pour capturer les matières et les textures ».

Si son atelier est une « caverne d’Ali Baba », il est en revanche très bien rangé.

« Formatée par les arts appliqués, j’aime créer par la contrainte, donc j’adore créer avec ce que j’ai, revaloriser des matériaux etc.… Je suis soucieuse de l’environnement, j’évite la surconsommation et je suis convaincue que créer avec de la contrainte renforce le sens d’une œuvre. Les possibilités sont tellement infinies. Cela me permet de me contenir un peu ! De plus, j’adore glaner des choses, aller dans les brocantes ou chez Emmaüs.

L’atelier © Léa Coutureau

J’ai pu récupérer beaucoup de fournitures qui appartenaient à ma grand-mère, et j’ai la chance d’avoir une famille et des proches qui pensent à moi lorsqu’ils voyagent ou récupèrent du matériel qui ne leur sert pas. J’ai ainsi des fils qui doivent avoir 30 ans, d’autres qui viennent d’Arménie, etc… Bien sûr, il m’arrive aussi d’acheter des fils ou perles sur lesquels je craque ! Lorsque que je travaillais chez Pascal Jaouen et que je gérais la boutique, j’avoue qu’il m’est arrivé de craquer sur de belles perles de verre ou autres… Je suis aussi amoureuse du travail de Bart et Francis pour ce qui est des fils !! Aussi, ayant fait mon tout premier stage de BMA chez Lesage, j’ai eu la grande chance d’y récupérer un gros sac de magnifiques fournitures : fils, perles, paillettes, etc.… »

Vue sur le saule. Tressages et macramés de fils divers et fleurs artificielles découpées posés à l’aiguille sur toile d’inox © Léa Coutureau

Aujourd’hui

Quand la pandémie survient, elle trouve Léa en train de mettre en place sa petite entreprise – démarches auprès des artisans, des créateurs, vers les salons et les boutiques. « Cela m’a un peu coupé l’herbe sous les pieds. » Pour vivre, elle travaille chez un maraîcher puis chez un horticulteur. Ces activités surtout physiques lui laissent de l’énergie mentale pour continuer ses pièces le soir. Car jamais sa créativité n’a été suspendue : ses projets du jour vont de l’impression de ses photos qu’elle veut re-broder à une collaboration pour faire des costumes de lumière (toréadors).

Son univers est teinté des œuvres de Jeremy Miranda, du Portrait de Dorian Gray (« il me parle bien dans le rapport art-réalité et comporte cette notion de karma à laquelle je suis très sensible »), des livres d’Emile Zola, de la musique de Bon Iver et du cabillaud aux légumes sauce ciboulette !

Site internet

Plume de Fenghuang. Fil de perles, organza, coton, soie et laine, peinture dorée © Léa Coutureau
Bleu paradoxe, détail. Pose à l’aiguille et au crochet de perles, tubes, micro-perles et micro-tubes © Léa Coutureau

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