Mathilde Legrand – le savoir-faire français à l’honneur

09/08/2020

Mathilde Legrand nous vient du Finistère – Rencontre avec une artiste brodeuse élégante et raffinée
Interview de Claire de Pourtalès


Années 50’ / Manteau en drap de laine coupe rétro et son chapeau en feutre de lapin © Photo Honorine Nail-Juré (@Honorinenj) /*1
Flamant- fleuri / Détail d’une rose réalisée en soie ovale, perle et cannetille © Mathilde Legrand

Racontez-nous votre histoire avec la broderie et votre choix professionnel
Je me souviendrais toujours de mes premiers points de broderie auprès de ma mère. C’était un kit de point de croix sur toile Aïda spécial enfant qui représentait un phoque tenant un ballon multicolore sur le bout du nez. Brodeuse de point de croix, ma mère m’a initiée très jeune car je voulais broder avec elle. Cela dit les premières fois je pense qu’elle a dû démêler plus de nœuds sur mon fil que fait de croix sur son ouvrage ! Elle veillait (et veille toujours !) à ce que ma broderie soit aussi belle sur l’envers que sur l’endroit. Et c’est grâce à cela que je suis très vite devenue exigeante sur la qualité de mes ouvrages. Cependant, je me suis vite lassée de devoir suivre un modèle et j’étais parfois déçue de ne pas pouvoir broder ce que je voulais, je me suis donc tournée vers la broderie traditionnelle régionale : le glazik (cf. notre article sur cette technique bretonne). J’ai tout de suite adoré la liberté de pouvoir choisir couleurs et points directement en fonction du dessin, sur le tissu. Je savais déjà que je voulais faire un métier manuel, produire des choses de mes mains, j’ai alors choisi de faire de ma passion un métier.

Quels paysages vous ont-ils vu grandir ? Quelle influence ont-ils eu sur vous ?
Ayant grandi en campagne, entre terre et mer dans le Finistère, j’ai toujours été inspirée par la beauté et la diversité de la nature. Les mondes végétal et animal sont une réelle source d’inspiration tout comme les mouvements artistiques qui s’en sont inspirés comme l’Art Nouveau que j’apprécie tout particulièrement. C’est d’ailleurs à partir de cela que j’ai choisi de développer un thème tourné vers la nature pour l’obtention de mon Diplôme des Métiers d’Art en broderie (DMA) qui tendait à attirer l’attention sur la beauté de la nature mais aussi sur sa fragilité et la nécessité, l’urgence qu’il existe à la protéger.

Arantèles immortalisées, gorgerin brodé / Véritables cheveux de lumière suspendus en l’air, les chefs-d’oeuvre des aranéides s’emmaillotent dans l’or et le fil comme de fragiles et précieuses momies © @elisadurier /*2

Quelle formation avez-vous suivie ? Avez-vous envie d’en poursuive une autre ?
Après le baccalauréat, j’ai suivi une Mise à Niveau en art appliqués dans le but d’intégrer le DMA broderie spécialisé broderie or du lycée Gilles Jamain à Rochefort. Les deux années à Rochefort ont été très intenses et enrichissantes mais les places dans les ateliers de broderie étant rares, j’ai choisi d’ajouter des cordes à mon arc pour être plus polyvalente. J’ai donc poursuivi par une FCIL (Formation d’Initiative Locale) arts de la mode au lycée Octave Feuillet à Paris où j’ai pu m’initier à la confection de fleurs artificielles et de chapeaux et à la broderie machine (Cornely).
C’est durant cette année que l’on nous a demandé de produire un vêtement Haute couture pour le défilé académique de la Sorbonne pour nous permettre de pratiquer et montrer les savoir-faire appris au cours de l’année scolaire. Un vrai défi pour moi qui n’avait comme seules bases de couture les vêtements que j’avais cousus en autodidacte. Très motivée, j’ai eu la chance de faire un stage chez Jean-Paul Gaultier où les modélistes m’ont appris beaucoup et m’ont fait créer mon premier vêtement sur-mesure. Ce fût un coup de foudre pour la technique. J’avais envie de pouvoir mettre en forme mes broderies, de pouvoir maîtriser l’intégralité du processus de création et de réalisation. Il m’est alors apparu évident que je devais poursuivre mes études en modélisme et couture. C’est donc ce que j’ai fait en faisant la FCIL Toiliste patronnière au lycée Paul Poiret à Paris puis une formation «modélisme perfectionnement» au Greta de Paris.

Toutes ces formations m’apportent beaucoup de liberté dans la création car elles me permettent de pouvoir mixer les différents savoir-faire et métiers d’art que j’ai pu apprendre. J’utilise rarement tous les savoir-faire en même temps mais en fonction des créations, des demandes et des inspirations ils me sont très précieux et utiles.
Vous me demandez s’il me manque quelque chose ou ce que j’aimerais faire point de vue formation ? Je crois que si j’avais pu tester chaque métier d’art qui existe, je l’aurais fait ! J’ai vraiment une fascination pour ces métiers d’art et ces savoir-faire artisanaux. Je me dis qu’on apprend toute sa vie et si j’ai l’occasion de me former au métier de tailleur je le ferais car cela me plairait de pouvoir réaliser certains vêtements pour homme malgré ma préférence pour le vestiaire féminin.


Ammonites enfouies /  Avec lenteur, la matière cristallise et rarement se minéralise pour créer pierres précieuses et autres trésors enfouis © Mathilde Legrand

Quelle est votre motivation ?
Ma principale motivation en broderie c’est de réaliser de jolies choses et de faire rêver les gens. Quand je réalise des vêtements sur-mesure, l’objectif c’est que la personne se sente belle et mise en valeur. Voir les gens heureux c’est si agréable ! Enfin, même si vivre de sa passion peut être un défi, la volonté de réussir et le soutien de mes proches est une réelle motivation pour moi.

Comment décririez-vous votre univers, vos inspirations, ce que vous avez envie de créer ?
Mon univers dépend de ce que je fais : en broderie, j’aime travailler un côté organique, fluide et naturel ; en couture – notamment pour mes mariées – j’essaie de tendre vers un univers poétique empreint de douceur et surtout très féminin même si j’aime aussi travailler sur des looks ayant du caractère, du chien. J’aime également la beauté de la simplicité et la fluidité, j’ai donc tendance à travailler des matières souples, légères, transparentes et vaporeuses. Cependant j’aime aussi les tissus au tombé lourd qui donne tout de suite une silhouette élégante.


The bird / Combinaison en satin duchesse et crêpe avec haut plumé © Photo Tao Douay (@tao_douay) /*3

Comment se présente votre atelier ?
Actuellement, il est en carton et en travaux ! En effet, je viens de le déménager au milieu de la verdure. Mais en temps normal il est propre et bien rangé. On m’a toujours appris qu’il faut avoir un espace de travail libre et propre pour être efficace ! Cependant je laisse la fantaisie s’exprimer dans mes carnets de croquis où je note toutes mes idées et avec la musique qui m’accompagne très souvent à l’atelier. Parfois, j’apprécie aussi l’apaisement et la sérénité procurés par la petite musique du fil qui passe au travers du tissu et les ronronnements de mon chat-ssistant.

Curieuses miscellanées / Petites merveilles figées pour l’éternité dans la résine formant un cabinet de curiosités miniature © Mathilde Legrand

Avez-vous des matières préférées/détestées ? Des techniques que vous réinventez ?
Je crois que j’aime tous les matériaux ! Le choix des matériaux est crucial car il détermine le rendu final de l’ouvrage. J’avoue cependant avoir une petite préférence pour le crêpe et moins apprécier les tissus trop raides ou trop satinés. Concernant la broderie j’aime TOUT !
Tant que les matériaux sont de qualité, j’adore. Ces derniers temps, j’essaie de choisir des matières plus respectueuses de l’environnement quand c’est possible car c’est une cause qui me tient à cœur.

Quelle influence la pandémie a-t-elle sur votre travail ?
Quand le confinement a été déclaré je travaillais dans un atelier de région parisienne sur les collections Haute couture. Cela a mis un grand coup d’arrêt au travail. Ce temps confiné m’a permis de broder des choses pour moi et de commencer à travailler sur des créations personnelles qui seront je l’espère bientôt disponibles à la vente.

Échantillonnage / Oursin vert brodé de cannetille or et cuivre © Mathilde Legrand

Comment vivez-vous de votre passion ?
Jusqu’ici je travaillais en freelance pour d’autres ateliers de broderie bien installés sur Paris. Je brodais donc sur les défilés Haute couture de grandes maisons comme Fendi, Céline ou encore Stéphane Rolland. J’ai également travaillé sur les broderies de panneaux décoratifs pour les vitrines de magasin de joaillerie de luxe. Malgré le fait que j’adore travailler sur la Haute couture, j’aspire à proposer mes propres créations en parallèle. Je prévois d’ailleurs de créer plus de robes de mariées sur-mesure et de développer une collection d’accessoires pour la mariée mais aussi pour ses invités. La réussite de ses projets plus personnels me comblerait de joie.

Vive la mariée ! / Robe en crêpe de soie et dentelle brodée portée avec une couronne de fleurs artificielles sur- mesure © Tatiana Anton /*4
Vive la mariée ! / Boléro cache-cœur en mousseline de soie avec poignets en dentelle brodée © Tatiana Anton /*4
Flamant- fleuri / Tête réalisée en peinture à l’aiguille avec de la soie ovale et cou et bec en perles et paillettes posées au crochet de lunéville ©Mathilde Legrand

*1 – MUA: Anaïs Pouchain (@anaispouchain); Coiffure: Ludivine Sochet (@ludivinesochet); Mannequin: Ludivine Maillard (@ludivine_maillard); Styliste/modéliste/couturière/modiste: Mathilde Legrand (@atelier.mathilde.legrand)

*2 – Assistant photo: @sach_vs; MUA: @kimberjuliesmuah; Coiffure: @jico_robin_ ; Mannequin: @thalieducentaure; Broderie/ Stylisme: Mathilde Legrand

*3 – Assistant photo: Bastien Mosur; Mannequin: Alizée Tilagone Le Borgne (@alizeeandco); Maquilleuse/coiffeuse : Jeehan MUA Paris (@maisonjeehanparis); Styliste/couturière/plumassière : Mathilde Legrand

*4 – MUA: Elodie Le Roux (@ladyaahbeauty); Coiffure: Farah Khiari Deba(sur Facebook); Mannequin: Alizée Le Borgne Tilagone (@alizeeandco); Styliste/modéliste/couturière/fleurs artificielles: Mathilde Legrand

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante ! Merci! Claire

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