SEP Jordan

28/03/2019

SEP Jordan est une entreprise sociale qui travaille avec plus de 350 brodeuses vivants dans des camps de réfugiés en Jordanie.

Leurs réalisations sont ensuite vendues sur le site de SEP, basé à Genève.

Roberta Ventura, sa très dynamique fondatrice et CEO, a pris le temps de répondre à mes questions.

Comment se déroule la formation des brodeuses?

Huda et Hana sont des brodeuses professionnelles. Elles voyaient les techniques traditionnelles disparaitre (comme le point de Bethlehem) et se sont associées à un expert italien en broderies pour développer un cursus de 2 mois. Plus de 80 femmes sont ainsi formées chaque année à notre Académie. Elles doivent déjà connaître les bases de la broderie, puis nous les aidons à affiner leurs techniques pour atteindre un bon niveau professionnel.

Comment travaillent-elles?

Les brodeuses ne travaillent pas plus de 4 heures par jour. Outre le temps nécessaire à l’entretien de familles souvent nombreuses, les femmes ont rarement accès à une bonne source lumineuse (en dehors de notre atelier). Nous avons d’ailleurs distribué plus de 180 paires de lunettes à plus de 200 brodeuses l’année dernière.

Elles travaillent le plus souvent assises sur un canapé bas (l’équivalent d’une matelas posé sur le sol), les genoux relevés. Elles utilisent rarement un tambour ou un cadre, sauf pour la réalisation de certains points liés à une commande spéciale.

Pour garantir la régularité du travail, le tissu est recouvert d’un fin grillage qui est ensuite retiré fil par fil, une fois la broderie terminée.

Quels sont les motifs et comment sont-ils choisis?
Les motifs sont choisis en collaboration avec les brodeuses qui connaissent bien leur répertoire (dessin, symbolisme, couleurs) et l’équipe de SEP. Roberta Ventura a toujours dernier mot.
Quatre motifs reviennent régulièrement: Alhambra, Koutubia, Sultan Han et Putrajaya. Seuls les keffieh sont laissés entièrement au choix des brodeuses: ces pièces sont ainsi toujours uniques dans leur association de couleurs et de motifs.
Les motifs sont à la fois issu de la tradition Palestinienne, transmis de générations en générations, de l’influence de la culture dite Géométrique islamique et de l’interprétation moderne qu’en fait SEP. L’art islamique ne représente pas Dieu. Les artistes ont donc mis au point la «perfection géométrique» pour symboliser la «perfection divine». Malgré ces changements, pour les yeux des connaisseurs, il est toujours possible de retrouver l’origine d’un motif, en lien avec une fête religieuse ou un village.

Il est toujours possible de commander une broderie spéciale: motifs, points, couleurs, tissus sont alors adaptés.

Le camp de Jerash a été créé en 1967. Il est devenu une ville, mais jouissant de peu d’ouverture au monde. Depuis le conflit syrien, de nouveaux réfugiés sont arrivés, apportant avec eux leur savoir-faire. Les syriennes pratiquent souvent le crochet. Elles ont donc une vraie habilité manuelle qui peut être transposée aux techniques de la broderie.

Pour l’instant les brodeuses ne font que le décors des pièces. Celles-ci sont ensuite mises en place par des couturiers professionnels en Italie. Mais nous avons le projet de donner des cours de couture au Camp de Jerash pour permettre un investissement local plus étendu.

L’apport de SEP Jordan

Cette démarche permet à de nombreuses femmes d’obtenir un revenu ainsi qu’une reconnaissance sociale et professionnelle. Elle permet également un vrai repos au sein d’une vie difficile: ces heures de broderie agissent comme des moments de méditation où les pensées sont focalisées sur les points à créer. Après ces heures, les brodeuses disent se sentir plus légères et plus calmes. Ce qui finalement est tout aussi important que de gagner un revenu en créant une belle œuvre.

Pour plus d’informations: https://sepjordan.com

Al-Majdal – histoire d’un motif

Ce motif vient du village du même nom. Connu dans d’Antiquité sous le nom de Ashkelon, ce port a été contrôlés par bien des peuples, chacun apportant son influence: Égyptiens, Cananéens, Philistins, Assyriens, Babyloniens, Grecs, Phéniciens, Hasmonéens, Romains, Perses, Arabes et Croisés, jusqu’à sa destruction en 1270 par les Mamelouks. Au XVème siècle, le village d’Al-Majdal fut construit à quelques kilomètres de là, dans les terres, sous le contrôle des Ottomans. En 1918 il entre dans le Territoire contrôlé par les Anglais, puis en 1920 dans la Palestine.

Avant 1950, les femmes créaient des vêtements qui se distinguaient d’une région à l’autre par les motifs de broderie. Pour ceux qui connaissaient les variations de styles, de motifs, de couleurs, un simple regard leur permettaient de savoir d’où venait la brodeuse et son état civile: célibataire, mariée, veuve, ou femmes cherchant à se remarier.

https://sepjordan.com/products/poppy

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