Severija Inčirauskaitė-Kriaunevičienė – Broderies grandeur nature

11/09/2019

Severija Inčirauskaitė-Kriaunevičienė est l’une des artistes lituaniennes les plus originales du moment. Elle est professeur au Département Textile de la Vilnius Academy of Arts, qu’elle dirige également.

With love from… – 2018 / Photo Modestas Ezerskis

Ses deux parents étant artistes, Severija a pu plonger avec aisance dans l’expression de sa créativité. Son père, sculpteur sur métal, lui a donné le courage de travailler cet élément peut malléable. Mais elle se défend de tout autre influence. Elle s’est d’ailleurs d’abord tournée vers le textile pour créer des costumes et utiliser ces techniques dans son travail artistique. Ce n’est qu’en 2004 qu’elle commence à travailler aussi le métal. Les tissus sont trop souples et « leur instabilité m’irritait » ! De plus, elle préfère les œuvres en trois dimensions, ce qui est difficile à obtenir avec des tissus. Elle a besoin de résistance et de force, de contrôle aussi. Elle se tourne vers des objets qui portent déjà en eux une histoire, qui existent par eux-mêmes. Elle ne leur donne pas une seconde vie mais les transformer pour explorer une autre facette.

Severija a choisi le point de croix comme étant le point le plus simple, le plus universellement utilisé. Elle choisit ses motifs dans les magazines «pour femmes» : «j’aime cette ancienne tradition de passer un motif d’une femme à l’autre pour décorer des intérieurs différents. Ces motifs sont rassurants, ils sont communautaires et deviennent une référence culturelle.» Elle aime ainsi associer deux arts bien différents pour parler de la condition humaine, de sa soif d’embellir le quotidien. Sous l’époque soviétique, les femmes décoraient de broderies leurs objets quotidiens, créant souvent des objets absurdes, voir inutilisables.
Le foyer se devait d’être un espace libre de tension. Sortir la broderie, source d’apaisement, pour la mettre sur des objets rigides, masculins, permet à Severija de bousculer les codes. Les modèles de broderie, réalisables à l’infini, sont paradoxalement utilisés pour transformer des objets courants en œuvres d’art uniques.

Provenant de l’installation Kill For Peace – 2016
Photo Laurynas Matulionis
Photo Aldas Kazlauskas

Severija utilise aussi l’ironie pour décentraliser les rôles : l’homme et sa voiture, la femme et son aiguille. Chez elle, les voitures se couvrent de roses « brodés ». Clin d’œil aussi au taux élevé d’accidents de voitures en Lituanie (le taux le plus élevé d’Europe) : les fleurs en plastiques décorent les routes pour marquer un lieu d’accident mortel. Les fleurs décorent aussi les voitures transportant les morts.

Plus récemment, l’artiste s’est penchée sur une action bien connue de tous les brodeurs : celle de découdre, de défaire, de remettre à vide. Et ainsi de préparer le terrain pour une nouvelle œuvre.

Water Lillies – 2019 / Photo Aldas Kazlauskas

Extraits traduits par Claire de Pourtalès pour Le Temps de Broder
Site de Severija
Article paru sur Art Cart

A path strewn with roses – 2008-2009
Photos Povilas Reklaitis

Partager