Teinture Sauvage – la couleur vraie

04/07/2020

Depuis quelques mois, je suis frappée par la qualité des photos de Teinture Sauvage sur Instagram. Il y a là une harmonie profonde entre la photo et son sujet. Malgré un emploi du temps surchargé, Céline m’a donné quelques heures pour me parler de sa passion.

Interview – Claire de Pourtalès

Toutes les photos sont protégées sous le copyright ©Céline Philippe – merci de respecter les droits de l’auteure. 

Il y a 10 ans, Céline et son mari achètent une maison en ruine à la campagne. Son travail de juriste, ses heures passées derrière un ordinateur commencent à peser de plus en plus lourd, d’autant que faire de ses mains est pour elle un besoin vital. Les plantes ont toujours été présentes dans sa vie, surtout les plantes sauvages et les simples (celles cultivées pour leurs vertus médicinales, aromatiques ou tinctoriales). Elle expérimente la couleur végétale avec les plantes du jardin puis s’inscrit à une formation de plusieurs semaines. Le virus a pris. En 2017, Teinture Sauvage nait, avec l’envie d’offrir des fils teints par les plantes uniquement.

Pour comprendre la difficulté de cette aventure, il faut connaitre les procédés de la teinture.
Les plantes sont faites de composés chimiques dont certains ont des propriétés tinctoriales.
Les fibres naturelles (lin, laine, soie) doivent être plongées dans divers bains, à des températures variées, pour se colorer. Certaines plantes, comme le curcuma, l’avocat, le noyer ont une affinité directe avec la fibre et n’ont pas besoin de « mordant ».
La plupart des autres plantes n’ont pas cette affinité directe avec la fibre. Elles ont besoin d’un « mordant ».

La première étape du procédé de teinture est celle du mordançage. Elle va permettre de créer une affinité entre le colorant de la plante et la fibre afin que la couleur tienne. Ce sont les ions métalliques qui permettent de créer cette affinité. Traditionnellement, on utilise des sels d’aluminium, ou sels d’alun. Ils sont soit d’origine naturel soit de synthèse. Quelle que soit leurs modes de production, ils sont issus d’un minerai, l’aluminium, une ressource naturelle non renouvelable dont la production, par l’exploitation des carrières de bauxite, est particulièrement néfaste pour l’environnent. C’est pourquoi Céline a fait le choix de ne pas utiliser des sels d’alun comme mordant afin d’être plus cohérente dans sa démarche. Elle a expérimenté des solutions alternatives, notamment celles utilisées par les peuples d’autrefois, qui faisaient de la couleur avec les seules plantes de leur environnement local.
Céline utilise donc des plantes comme mordant, plantes qui en raison de leurs composés chimiques particuliers, vont pouvoir faire le lien entre la fibre à teindre et le colorant de la plante.

Tout ceci demande une excellente connaissance des plantes mais également d’être un peu chimiste ! Céline ne l’est pas et se lance dans de nombreuses expériences. Avec des outils assez simples, voir bricolés, elle crée des décoctions de toutes sortes, joue avec les températures, le nombre de bains, etc. Elle utilise l’eau de pluie car plus douce, qu’elle collecte dans une grande cuve en ciment (il est important que les récipients soient inertes pour ne pas affecter les réactions chimiques – Céline utilise ainsi des casseroles ou des cuves (de 5 à 50 litres) en inox ou recycle des anciens faitouts en aluminium). Pour les plantes, à part une petite production dans son jardin et la cueillette sauvage autour de chez elle, elle les achète chez un herboriste ou dans les boutiques spécialisées.

Remuer régulièrement…

Depuis quelques années, elle s’est aperçue que les cultivateurs de plantes tinctoriales (indigo, garance, gaude …) se faisaient plus nombreux car l’intérêt pour la couleur végétale est grandissant. La teinture est une longue filière, qui part de la culture des plantes et de l’élevage d’animaux jusqu’à la réalisation de pièces tissées ou brodées. A chaque étape correspond un métier. Il est important de continuer à avoir des spécialistes pour chaque étape.

Une petite grange abrite le matériel pour les bains, mais elle est ouverte aux quatre vents et il peut être difficile d’y travailler l’hiver. Céline aime toucher les fibres, ce contact l’aide à juger de son travail – ses mains sont souvent colorées ! Quand elle se brûle, elle accepte de mettre des gants, mais aimerait vraiment en trouver qui, tout en la protégeant, lui permettent de sentir ses fibres.

Le travail de teinture est très dépendant du temps – celui qui fait tomber la pluie, comme celui qui passe. Il est difficile de prévoir à l’avance le travail à faire, et compter ses heures relève encore d’un doux rêve pour Céline. Outre les décoctions d’herbes à préparer, les bains à mettre en place, il faut aussi laver et rincer abondamment les fibres – un travail très physique qui demande des conditions météo favorables. Elle travaille seule et toute son activité dépend du soleil et de la pluie, etc.

En plus de la grange, Céline a aussi un atelier dans sa maison pour les jours de pluie. Elle y prépare ses commandes, y fait ses magnifiques photos, et veille à sa « vitrine virtuelle » sur Instagram où elle compte plus de 11 000 followers !

Certaines boutiques commencent à vendre ses produits, comme Loop London.

Céline aime jouer avec les couleurs, observer la couleur monter sur la fibre, elle aime chercher. Elle ne souhaite pas « teindre à façon », c’est-à-dire recevoir des commandes pour telle ou telle couleur. « Je ne cherche pas une couleur en particulier mais ce que peut offrir une plante ». En cela, il y a bien une artiste en elle !

Aujourd’hui elle a quitté son travail de juriste et peut être à 100% à ses teintures. Elle met en vente depuis le début juillet des kits pour apprendre à teindre ses fibres, et propose des assortiments de fils à broder.

Céline privilégie le travail des fibres locales, de fabrication française.  Elle aime travailler les palettes de couleurs pour les fils à broder. Les brodeuses ne s’y trompent pas d’ailleurs, et commandent volontiers chez Teinture Sauvage, qui leur offre des matières premières uniques et de très belle qualité.

Le contenu de ce site est accessible gratuitement et n’est pas modifié par de la publicité. Ce travail prend du temps et pour être sûre de pouvoir continuer à faire connaitre nos artistes et l’art de la broderie, j’ai besoin d’un peu d’aide. Si une fois à l’occasion vous pouvez faire un petit don, je vous en serai très reconnaissante! Merci! Claire

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