Virginie Renault – artisane brodeuse

26/01/2021

Emerveillée par la délicatesse avec laquelle Virginie Renault reprend en broderie les illustrations dessinées ou peintes de nombreux artistes, j’étais heureuse de pouvoir rencontrer cette artisane passionnée, qui se dévoile fil à fil.

Photos – © Virginie Renault- photos protégées par copyright – merci
Interview – Claire de Pourtalès

Comment est née votre histoire avec la broderie ? Pensiez-vous en vivre un jour ?
Un jour, j’ai vu un reportage sur Jean-Paul Gautier et j’ai découvert le métier de brodeuse. Ça a été une révélation. J’avais 32 ans et je travaillais dans une librairie jeunesse. J’étais donc déjà très attirée par l’illustration. La boutique allait fermer mais je n’avais pas envie de retourner dans une autre librairie.
J’ai toujours été très manuelle, très attirée par les métiers de la main, alors je me suis lancée. Je ne me suis posé aucune question sur mon avenir financier, je n’ai pas fait d’étude de marché, rien. Je voulais juste broder. C’était comme un appel.

Broderie d’or, stage chez Shikha Chireux

En France on parle souvent de « Broderie d’art » quand on pense aux broderies exécutées dans les ateliers haute couture. Que recouvre ce terme pour vous ? Vous voyez-vous comme une artiste ou une artisane ?
En ce qui me concerne je parle de broderie d’art car j’ai suivi ma formation auprès d’une maître brodeuse indienne. Elle enseignait ce qu’elle appelait la broderie d’art. Pour moi, c’est une technique qui utilise une grande diversité de matières et d’outils. Mais je ne me vois pas du tout comme une artiste. Je me vois complètement comme une artisane. Ce que j’aime c’est faire de mes mains. Et toucher, transformer les matières. Pour moi une artiste a un message à donner, souhaite partager une histoire, ce qui n’est pas mon cas. Je veux juste faire!

Quelles sont vos sources ? Quelles sont les matières que vous préférez ?
Je me fournis beaucoup sur internet et chez Fried à Paris (fournisseur de perles et de paillettes) ou chez ma professeure de broderie qui ramène des matières d’Inde.
J’adore me perdre dans une boutique comme de savoir exactement ce que je veux et là je cherche sur internet.
Il existe une grande quantité de matières à broder (perles, fils, etc.), je n’en cherche pas vraiment de nouvelles. Par contre, les supports à broder peuvent être aussi très variés et là, ça m’intéresse. Cuir, lin, papier, etc. J’aime cette variété-là.

Sur une illustration de Cyril Pedrosa

Les auteurs ont-ils le sentiment que vous apportez quelque chose à leurs histoires ?
Je suis avec attention le travail des illustrateurs/trices que j’aime et dès que l’une de leur illustration me touche particulièrement cela me donne envie de la broder. Une fois réalisée, j’offre toujours la broderie à l’artiste.
C’est un travail que j’adore mais qui demande énormément de temps, et puis j’ai aussi d’autres projets à tenir, je ne peux donc pas faire que ça !
Alors oui, cette manière de faire m’a fait rencontrer des autrices avec qui nous réfléchissons sur des projets autour de livres à venir, mais pour l’instant c’est encore au tout début de l’idée, je ne peux rien dire de plus ! Mais comme j’étais librairie avant, ça serait très cohérent et excitant pour moi.
Cela m’a aussi amené des projets de collaboration, notamment avec Mathilde Domecq, Petites Luxures, Camille Garoche, Adolie Day et plein d’autres. Et puis plein de belles choses à venir encore…

Les auteurs ont-ils le sentiment que vous apportez quelque chose à leurs histoires ?
Lorsque je brode une illustration c’est un peu comme lorsque je lis une BD, j’ai l’impression de mieux connaître l’auteur ou l’autrice car j’y passe énormément de temps et puis de penser l’œuvre en volume cela me plonge à l’intérieur. Les auteurs/autrices me disent que ça apporte quelque chose de plus vivant, un apport de matière qui semble leur plaire.

Sur une illustration de Petites Luxures
Les Brumes de Sapa, Lola Séchan
D’après une illustration de Sophie Lambda

Vous choisissez beaucoup des livres à référence féministe que vous illustrez avec une technique qui a longtemps été liée à la « femme à la maison ». Êtes-vous consciente de ce paradoxe ?
Sincèrement je ne choisis pas en fonction d’une étiquette, quand on regarde mon travail, il n’y a pas que ça. Mais je trouve ça super en fait que ça se révèle malgré moi! Je dois juste être sensible au féminisme. Quand on parle de broderie, on pense souvent à la femme, à quelque chose d’ancien, mais c’est très culturel car en Inde c’est un métier d’hommes. Quand je l’ai commencé, je ne me suis pas attardée là-dessus. Je trouve super que l’image de la broderie change. Il y a plein de supers brodeuses qui mettent un bon coup de pieds là-dedans. L’image change, lentement, mais change. Mais l’important pour moi c’est de faire ce que j’aime faire.

Illustration de Charlotte Gastaut « Secrets d’étoffes »
D’après Fox’s Garden de Camille Gavoche
En collaboration avec Camille Garoche
La garde-robe, Emmanuelle Houdart (détail)

Au niveau pratique, travaillez-vous surtout à l’aiguille ou au crochet ?
Surtout au crochet, qui me permet de faire un point de chaînette très rapidement et de poser des perles et des paillettes. Mais l’aiguille va me permettre de faire d’autres points comme le point de nœud, de beaux passés plats, etc. Et me permettre de broder avec d’autres sortes de poses. Et puis cela dépend de la matière. La laine par exemple, demande l’aiguille.

Benjamin Lacombe, Frieda Kahlo

Quel est votre processus créatif ? Où travaillez-vous ?
Dans un premier temps je lis beaucoup de BD. J’essaie de voir un maximum d’images sur Instagram, dans les livres (romans, mythologie), la nature, et, quand on pouvait, dans les musées. J’ai besoin de me nourrir d’images et d’idées. De tout ce brassage nait une idée, une envie, je vais la dessiner et passer à la réalisation.
Je travaille beaucoup dans ma chambre-atelier. Je travaille en écoutant des podcasts ou des séries en fond sonore, entourée de toutes mes matières, fils, perles, etc. qui me permettent de combler mon imagination.
Je travaille aussi en atelier avec d’autres artistes chez eux, ou dans les boutiques, surtout vers Noël, où je brode en direct pour personnaliser les achats que font les gens.

Site internet – Merveilles illustrées!
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Le corbeau, « mon animal totem »
Robe Iris, collection Anne de Lafforest

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